Cannibalisme en prison : le débat sur les détenus dangereux relancé

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Les aumôniers catholiques des prisons, en congrès jusqu'à dimanche à Lourdes, ont dénoncé le "populisme pénal" actuel, qui se traduit par un recours systématique à l'enfermement, un alourdissement des peines ou des conditions de détention inhumaines.
Les aumôniers catholiques des prisons, en congrès jusqu'à dimanche à Lourdes, ont dénoncé le "populisme pénal" actuel, qui se traduit par un recours systématique à l'enfermement, un alourdissement des peines ou des conditions de détention inhumaines. — Jack Guez AFP/Archives

Le cas de cannibalisme à la maison d'arrêt de Rouen relance le débat sur la prise en charge des troubles psychiatriques en milieu carcéral. Un prisonnier âgé de 35 ans a été mis en examen samedi pour «homicide volontaire avec préméditation» et «atteinte à l'intégrité d'un cadavre». Il est soupçonné d’avoir tué et mangé des parties du corps de son co-détenu.

 
Un «drame qui aurait pu être évité», selon l'avocat du meurtrier présumé, Fabien Picchiotino, «si on avait placé son client en psychiatrie ou si on avait suivi le juge d'instruction qui avait demandé sa mise à l'isolement». L'homme qui revendique le meurtre et les actes de cannibalisme finissait de purger une peine de cinq ans pour vol avec violence, et attendait notamment son jugement dans une affaire de crime sexuel.
 
«Phénomène très inquiétant»

Dans son rapport sur le projet de budget 2007 de la justice, la députée UMP Michèle Tabarot souligne que «la dégradation de la santé mentale des détenus constitue un phénomène très inquiétant». Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) estimait ainsi le mois dernier à 12.000 le nombre des détenus atteints de maladies mentales graves, dont 4.000 schizophrènes, soit près de 20% de la population carcérale.
   
 «Le problème n'est pas imputable à l'Administration pénitentiaire mais au dysfonctionnement de la justice qui envoie en prison des gens atteints de troubles psychiatriques», dénonce Patrick Marest, porte-parole de l'Observatoire international des prisons (OIP), association de défense des détenus. «Au début des années 80, le taux d'irresponsabilité pénale pour cause de maladie mentale était de 17%; il est passé à 0,17% en 1997», confirme le CCNE.

 La prise en charge des détenus atteints de troubles psychiatriques dépend du ministère de la Santé, et repose sur des consultations en détention par des psychiatres ou, pour ceux les plus atteints, et avec leur consentement, dans les 26 Services médico-psychologiques régionaux (SMPR) pour quelque 180 prisons. Or, certains SMPR doivent fermer l'été pendant les vacances, et d'autres sont «quasiment à l'abandon», affirme le psychiatre Philippe Carrière, membre de l'OIP.
 
Un autre cas de cannibalisme
 
Le ministère de la Justice a ainsi prévu en 2002 la création d'une quinzaine d'Unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) au sein des prisons pour les cas les plus graves qui y seront soignés, avec ou sans leur consentement. La première ouverture est prévue en 2009. Mais les psychiatres restent réservés face à ces structures. «Plus on s'occupera des malades mentaux en prison et plus les juges les y enverront », note Philippe Carrière.

L'administration pénitentiaire souligne quand même qu'avec 60% de personnes incarcérées pour des actes de violence, il n'y a eu l'an dernier que trois homicides entre détenus. Elle ne recense par ailleurs qu'un autre cas de cannibalisme, en 2004, dans la maison centrale de Saint-Maur (Indre), où un homme avait fracassé le crâne d'un co-détenu avec un cendrier puis mangé un bout de sa cervelle.