«Je voulais voir les sans-abri à la une des médias»

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Augustin Legrand, président de l'association Les Enfants de Don Quichotte, a indiqué jeudi soir à l'AFP que son mouvement citoyen allait s'étendre dans les jours à venir à plusieurs villes de France, avec l'installation de tentes notamment à Lyon, Lille, Toulouse ou Rennes.
Augustin Legrand, président de l'association Les Enfants de Don Quichotte, a indiqué jeudi soir à l'AFP que son mouvement citoyen allait s'étendre dans les jours à venir à plusieurs villes de France, avec l'installation de tentes notamment à Lyon, Lille, Toulouse ou Rennes. — Eric Feferberg AFP/Archives

« Ce que je voulais, c'était voir des sans-abri à la Une des médias pendant deux semaines, trois semaines, un mois sans s'arrêter. » Le pari d'Augustin Legrand n'est pas loin d'être gagné. Le campement installé le 16 décembre sur les quais du canal Saint-Martin, à Paris, ne cesse depuis de faire les gros titres.

« Ce tsunami médiatique », comme le qualifie le cofondateur des Enfants de Don Quichotte, n'est donc pas le fruit du hasard. Il l'a désiré, organisé. Mieux, il l'a prophétisé. « Je savais qu'une initiative pareille ne pouvait que marcher. La seule chose qui me surprend, c'est que peu de “bien logés” nous ont rejoints. Là, il n'y en a que cent. » Reste que le succès du mouvement est tel qu'il pourrait faire tache d'huile. « C'est parti à Rome, ça bouge à Barcelone. »

Sans cette certitude chevillée au corps, ce père d'une fillette de 4 ans affirme qu'il n'aurait pas tenu six semaines dans la rue, à la rencontre des sans-abri. Puise-t-il sa foi sans son enfance ? Pas impossible. Legrand, 31 ans, est issu d'un milieu très catholique. Aîné de six enfants élevés dans le Loiret, il est titulaire d'une maîtrise de droit fiscal. Pas vraiment le profil du sympathisant d'extrême gauche que certains ont cru deviner. « Des journalistes ont essayé de me piéger, mais c'est impossible. C'est ma force : mon passé est transparent. » Lui dit au contraire rejeter les « extrémismes ». « Régler le problème du logement avant la présidentielle, c'est faire barrage aux extrêmes. Cela redonnerait confiance dans les gouvernants. »

Cette soif de politique devrait même le pousser à abandonner son métier de comédien. « Une fois notre combat gagné, j'en ai d'autres en tête. Pour les banlieues et pour l'Afrique. » En attendant, l'acteur endetté – « à hauteur de 35.000 euros » – doit honorer un dernier contrat. « Le 6 janvier, je pars un mois et demi sur un tournage en Afrique du Sud et ça m'emmerde. Avec les sans-abri, j'ai touché à quelque chose d'essentiel et je ne retrouve pas ça comme comédien, un métier que je n'ai choisi que pour avoir du temps libre. »

Ce « quelque chose d'essentiel », Augustin Legrand l'exprime ainsi. « J'ai pu voir qu'un sans-abri, avant de tomber dans la rue, était une autre personne. Pas alcoolique, pas malade. Et maintenant, je peux le montrer aux Français via les médias. » Il aime à raconter que des relations amoureuses se sont nouées au bord du canal Saint-Martin entre bien logés et SDF. « Certains sont redevenus ceux qu'ils étaient parce qu'on leur a parlé, qu'on les a touchés. »

Avant d'en finir avec le cinéma, il se voit néanmoins dans un dernier rôle. « On va faire un film sur notre aventure. On a 58 heures de rush, on va les monter et on donnera ça gratuitement à un distributeur. » On lui objecte qu'il manque la fin. « La fin, j'espère que je l'apprendrai en Afrique du Sud, avec une bouteille de champagne. »

Stéphane Colineau