«L’an dernier j’ai pas pu voter»

Stéphane Alliès

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Jacques Demarthon AFP

«Toujours à la dernière minute, évidemment…» Rachid sourit de se voir si entouré, dans la salle des fêtes de la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris, à trois jours de la clôture des listes électorales pour 2007.

Avant, il habitait en province, comme Laure et Vincent, qui viennent de s’installer à Paris. «Et revenir à Cherbourg pour voter, c’est compliqué, surtout quatre week-end dans l’année». Idem pour Daniel et Sara, qui redoutent «surtout l’inscription à la crèche, qui devrait être moins sympa et moins bien organisé qu’ici». Car le processus d’inscription n’aurait pas déplu à Frederick Winslow Taylor, le théoricien du travail à la chaîne.

Abattage

A l’entrée, distribution de tickets, «comme à la Sécu», rigole un fonctionnaire de la Mairie. Il ne chôme pas, puisque depuis l’ouverture, il en a déjà attribué 250 en deux heures. «Si on reste sur ces bases, on va exploser les 700 qu’on a fait hier», estime-t-il, tout en assurant «qu’il y en a pas plus de 3% qui repartent».

A l’intérieur, une centaine de chaises font face à deux photocopieuses et autant d’employés municipaux. Leur mission: effectuer les copies de pièces d’identité et de justificatifs de domicile. «C’est de l’abattage», dit l’un deux sans trop s’étendre, de peur de perdre le fil de l’enchaînement «clapet-mise en place-bouton-clapet-restitution».

Sur la gauche, une table est dressée de cafetières et jus de fruits. Félix semble apprécier. Il a 18 ans en février et devrait donc être inscrit d’office, mais «il vaut mieux vérifier, pour être sûr». Abdouroihim est à peine plus âgé. «Je suis là à cause de mes parents, ils m’ont ordonné d’y aller». Ira-t-il voter ? «Obligé, pour pas m’être déplacé pour rien… »

Crainte de radiations

La durée du parcours oscille entre une demi-heure et une heure, dans une ambiance faite de journaux compulsés, poussettes bercées et conseils échangés. Ils sont nombreux à craindre la radiation des listes électorales.

Tropisme parisien? «L’an dernier, j’ai pas pu voter au référendum, on m’a dit que ma carte d’électeur n’était plus bonne», explique Suzanne, la cinquantaine bienveillante. «En plus, j’habite chez quelqu’un maintenant. J’espère que ça va marcher… Ma chance, c’est que je travaille pour la Mairie…»

Ça va être au tour de Marcel de remettre ses photocopies à l’une des huit employés du fond de la salle, spécialement débauchés à d’autres services pour la cause. «Dix ans que j’étais plus inscrit», commente-t-il. S’il se dit «conscient du côté illusoire du vote», il escompte «juste apporter (s)on petit poids contre la mafia au pouvoir».

Derrière son ordinateur, Jeanne avoue trouver «énorme la proportion de premières demandes», largement supérieure à celle des changements d’adresse. «Ça fait plaisir», lâche-t-elle, contente de son changement d’affectation pour la semaine. Un «intérim citoyen» qui s’achève samedi. «On sera ouvert toute la journée», dit-elle avec un brin de fierté. Un nouveau prétendant se présente, râleur et impatient. Calmement, elle rétorque : «la démocratie, ça se mérite».

Attention! Contrairement à ce qui est écrit dans de nombreuses communications publiques et parapubiques, la date limite d'inscription est le samedi 30 décembre. Jeudi, le ministère de l'Intérieur a assuré avoir donné des consignes à toutes les mairies, pour qu'elle soit ouverte «au moins le samedi matin». Pensez à vous renseigner auprès de votre hôtel de ville.