L'audition de Villepin racontée dans le détail

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Dominique de Villepin a "regretté" devant les juges qui l'ont entendu "l'instrumentalisation politique" de l'affaire Clearstream niant toute implication, selon des extraits de son audition publiés sur le site internet du Monde vendredi soir.
Dominique de Villepin a "regretté" devant les juges qui l'ont entendu "l'instrumentalisation politique" de l'affaire Clearstream niant toute implication, selon des extraits de son audition publiés sur le site internet du Monde vendredi soir. — Mehdi Fedouach AFP

17 heures. C’est la durée de l’audition de Dominique de Villepin par les juges chargés d’instruire l’affaire Clearstream. C’est aussi le temps qu’il aura fallu pour que des extraits de cette audition soient publiés dans la presse. Vendredi soir, vers 20h, «Le Monde» affirme que Villepin a "regretté" devant les juges qui l'ont entendu jusque vers 3h du matin «l'instrumentalisation politique» de l'affaire niant toute implication, selon les extraits de son audition.

Le quotidien «L'Est Républicain» met en ligne l'intégralité des procès-verbaux, soit cinq fichiers à télécharger samedi matin. Au vu des réponses apportées, juge le quotidien, «force est de constater que le Premier ministre n'a, à aucun moment, cherché à se dérober». Le journal note même de la coutoisie dans cette audition marathon: de la courtoisie dans les échanges opposant le témoin aux deux juges d'instruction. «Les juges, sans doute fatigués - on le serait à moins - proposent au Premier ministre d'interrompre l'audition et de la poursuivre à une date ultérieure. Le témoin Villepin, qui vient déjà de répondre à une centaine de questions, fait savoir qu'il souhaite poursuivre l'audition jusqu'à son terme: “la durée de est conforme avec la durée habituelle de mes journées de travail"».

Selon ces PV, en aucun cas, a affirmé le Premier ministre, il n'a voulu cibler Nicolas Sarkozy, partie civile. Dans des listings de comptes de l'organisme financier luxembourgeois envoyés anonymement à la justice en juin 2004, figurait le patronyme du ministre de l'Intérieur, "Nagy-Bocsa". Ces documents se sont avérés truqués. Cette mention "Nagy-Bocsa", le Premier ministre a dit «l'avoir découverte en même temps que les autres responsables gouvernementaux, au mois de juillet» 2004, date de la révélation dans la presse des listings Clearstream.

Concernant la fameuse réunion du 9 janvier 2004 à laquelle assistaient son ami Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS mis en examen dans ce dossier et le général Philippe Rondot, il affirme que «la seule référence qui a été faite à M. Sarkozy a été en relation avec sa fonction de ministre de l'intérieur».

"J'ai conscience de l'extraordinaire complexité et difficulté de ce dossier où plusieurs personnalités politiques et plusieurs ministres en exercice sont cités, mais je regrette l'instrumentalisation politique et médiatique qui en a été faite, ce qui a modifié en profondeur la perception que l'on pouvait avoir du rôle de certains acteurs et en particulier du mien", a déclaré le Premier ministre à la fin de son audition qui a duré 17 heures.

Selon une source proche du dossier interrogée par l'AFP, le Premier ministre a dû répondre à 155 questions des juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons et le procès-verbal fait 71 pages.

Villepin a soutenu qu'il n'avait jamais demandé d'enquête spécifique sur ces listings au général Rondot, contrairement à ce que disent des notes du militaire. Ces notes, assure-t-il, ont fait l'objet de «réécritures et de reconstructions a posteriori».

Le Premier ministre a également affirmé qu'il n'avait rien à voir avec la propagation et la diffusion des faux listings bancaires, qu'il n'avait «jamais reçu ou eu en mains les listes ou documents informatiques concernant Clearstream» et qu'il a toujours ignoré qui les avait donnés à M. Gergorin, qui a reconnu être «le corbeau».

Les juges d'Huy et Pons suspectent l'informaticien Imad Lahoud, collaborateur chez EADS de M. Gergorin d'être la source de ce dernier et d'être également à l'origine de la falsification. Il a été mis en examen en juin.