Sarkozy héberge le «zéro SDF» de Jospin

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C'est une des promesses qui avait plombé la campagne de Lionel Jospin en 2002. Nicolas Sarkozy a repris à son compte un des objectifs formulé par le candidat socialiste, baptisé à l'époque « zéro SDF » et jugé fantaisiste par les travailleurs sociaux. Le candidat UMP, qui s'exprimait avant-hier soir à Charleville-Mézières (Ardennes), ne s'est pas montré moins ambitieux que l'ancien Premier ministre : « Si je suis élu président de la République, je veux que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. »

Est-elle pour autant réalisable dans un délai aussi court ? Interrogé hier sur RTL, le président d'Emmaüs, Martin Hirsch, en a douté : « Quand on entend ressortir le slogan de Jospin, on se dit que l'on n'a pas encore compris le problème. Bien sûr, il faut tendre vers zéro SDF, mais on n'y arrivera jamais si on ne s'attaque pas au fait qu'il y a 30 % de travailleurs pauvres dans la rue. » Plus sévère, le PS a accusé le candidat UMP de « faire semblant de s'émouvoir » alors qu'il est « aux responsabilités depuis quatre ans et demi ». Reste que Nicolas Sarkozy ne pouvait choisir meilleur moment pour que sa sortie trouve un écho. Avec le retour du froid, le sort des SDF est au centre de plusieurs polémiques. D'abord à Paris (lire ci-dessous), mais pas seulement. A Toulouse, le bras de fer entre un collectif de SDF et la municipalité a redoublé depuis la publication le 6 décembre d'un arrêté anti-camping sauvage. A Marseille, Médecins du monde organisera demain une action pour dénoncer l'inadaptation d'un centre d'accueil. Partout, cette même récrimination sous-jacente : de nombreux SDF refusent l'accueil d'urgence, à cause de problèmes d'hygiène et de violence. Un autre sujet à soumettre au candidat Sarkozy.

Stéphane Colineau