Drame de Clichy : l'IGS tacle la police

©2006 20 minutes

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Depuis le drame de Clichy-sous-Bois (93), qui a déclenché trois semaines d'émeutes en novembre 2005, les proches et les avocats des victimes n'ont cessé de répéter que Zied Benna, 17 ans, Bouna Traoré, 15 ans, et Muhittin Altun, 17 ans, ont été poursuivis jusqu'à un transformateur EDF par des policiers. La police des polices leur a donné raison. Le rapport final de l'IGS (Inspection générale des services), révélé hier par Le Monde, établit qu'une course-poursuite a eu lieu ce 27 octobre 2005 et critique « la légèreté et la distraction surprenantes » des policiers le soir où Zied et Bouna sont morts électrocutés et où Muhittin a été gravement brûlé. « Les jeunes ont été poursuivis » et « l'urgence aurait voulu que fussent appelés les services d'EDF », estime l'IGS, tout en soulignant que cette intervention n'aurait pu « éviter à coup sûr » le drame. Pas convaincu, l'avocat des policiers a répété que ses clients n'avaient pas vu les jeunes pénétrer sur le site EDF et le syndicat SGP-FO a affirmé que « les policiers n'ont pas été légers » mais qu'ils ont agi « selon leur connaissance des faits et de la situation ».

Reste que l'IGS apporte un démenti à la version du procureur de Bobigny, François Molins. Le magistrat a toujours affirmé que les adolescents s'étaient crus à tort poursuivis par certains des dix-sept policiers présents ce soir-là lorsqu'ils ont pénétré dans le transformateur. Joint hier par 20 Minutes, l'avocat des victimes estime que c'est également la version du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy qui est mise à mal. Me Mignard, en plus de déposer plainte pour « mise en danger délibérée de la vie d'autrui », réclame donc « une commission d'enquête parlementaire » pour faire la lumière sur « ce mensonge officiel et ses conséquences sociales, à savoir trois semaines d'émeutes et l'état d'urgence ».

Stéphane Colineau

Selon l'IGS, les jeunes participaient à une tentative de cambriolage d'un chantier, ce qui a causé la course-poursuite. Les accusés nient.