Les « malentendus » de Ségolène Royal

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Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle française, a pressé vendredi tous les protagonistes de la crise libanaise de reprendre "le fil du dialogue", alors qu'une imposante manifestation de l'opposition a réclamé la démission du gouvernement libanais.
Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle française, a pressé vendredi tous les protagonistes de la crise libanaise de reprendre "le fil du dialogue", alors qu'une imposante manifestation de l'opposition a réclamé la démission du gouvernement libanais. — Bertrand Guay AFP
Pari risqué pour Ségolène Royal que de choisir ce Moyen-Orient compliqué pour son premier déplacement international en tant que candidate à l’élection présidentielle… «Gagné», affirmait-on dans le camp socialiste. «Maladroit», «simpliste», «imprudent», assène-t-on à droite.

La présidente de la région Poitou-Charentes a marqué un point en restant au Liban en dépit de la crise politique qui secoue le pays du Cèdre, faisant ainsi montre de pugnacité. Mais sa visite s’est achevée sur un malentendu dont ses adversaires n’auraient pas osé rêver. Car c’est bien d’un malentendu qu’il s’agit, puisque la candidate assure ne pas avoir entendu les propos hautement polémiques tenus par un élu du Hezbollah.

L’affaire est simple : vendredi soir, alors que le parti de Dieu et ses alliés mobilisent plus d’un million de personnes dans la rue, Mme Royal persévère dans le programme prévu pour sa visite. En l’occurrence, rencontrer la commission des Affaires étrangères libanaise, seul organe politique qui réunit encore des représentants de toutes les confessions religieuses du pays. Parmi eux, un membre du Hezbollah, Ali Ammar.

Ce faisant, la députée des Deux-Sèvres pensait donner aux différents protagonistes libanais l’occasion de « renouer les fils du dialogue », ce qui lui donnerait au passage une envergure internationale. Jouer les «facilitatrices», selon son expression, aurait donné tort à ceux qui dénigrent ses compétences en matière de politique étrangère. Il lui fallait aussi montrer qu’elle n’avait pas d’a priori en défaveur des pays arabes et musulmans. «Personne ne m’empêchera de dialoguer avec des députés légitimement élus», a-t-elle répété à l’envi.

Mais au cours de cette fameuse rencontre, alors qu’elle est accompagnée de l’ambassadeur de France au Liban et de 12 journalistes, Ségolène Royal ne réagit pas lorsque, au milieu d’une diatribe longue et fournie, et en arabe qui plus est, Ammar fait un parallèle scabreux entre l’occupation nazie de la France et la politique israélienne vis-à-vis du Liban.

Deux traducteurs officient ce soir-là, l’un pour la presse, l’autre pour les intervenants. L’un des deux a-t-il mal fait son travail ? Toujours est-il que les journalistes ont bel et bien entendu, à deux reprises, le terme « nazia » signifiant «nazisme». Cerise sur le gâteau, elle avait aussi affirmé à Ali Ammar : « Je rejoins votre analyse sur beaucoup de choses, entre autres le rôle des Etats-Unis» que le membre de Hezbollah avait qualifié de «folie».

Depuis, la candidate se confond en explications : ni elle, ni l’ambassadeur n’ont entendu les propos incriminés sur le nazisme, sans quoi ils auraient immédiatement quitté la salle. Concernant les Etats-Unis, elle parlait de la politique de Bush et non des Etats-Unis en général. Du pain béni pour ses détracteurs qui dénonce quelqu’un «ne connaissant pas ses sujets».

La visite de Ségolène Royal continue de faire des vagues en France, alors que l’effet escompté au Liban n’a pas été obtenu.


A Beyrouth, David Hury