"Elle a contribué à embarasser la diplomatie française"

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Les réactions de responsables politiques sur la polémique provoquée par la rencontre samedi entre Ségolène Royal et un député du Hezbollah au Liban :

Le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a fustigé la "doctrine" de Ségolène Royal, consistant à dire: "Je ne sais pas tout, mais nous allons apprendre ensemble". Lui reprochant de faire "un pas en avant, et deux pas en arrière", dans une sorte de "tango", sur tous les sujets délicats, il a lancé: "là ce qui ne va pas, c'est qu'elle a appliqué cette doctrine du tango en choisissant d'aller dans un des coins les plus compliqués de la planète, avec une posture qui est absolument illisible et qu'elle a mis la France dans une situation délicate vis-à-vis de la communauté internationale sur ce seul sujet. Si on fait la liste de tous ses pas en avant et en arrière, même si c'est dans une espèce d'ambiance de délicate modernité, tout cela est un peu inquiétant, ce sont des comportements assez anxiogènes", at-il poursuivi. "Quand on veut prétendre représenter la France, il faut l'appréhender dans toutes ses dimensions". "Je note qu'en 48 heures, toutes les lignes ont été bougées dans un sens qui met la France dans une position délicate", a-t-il insisté. Il s'est énervé contre "le cocon sympathique dans lequel tout ce qu'elle dit peut apparaître touchant. Sur ces sujets, c'est un métier, et quand on parle à l'étranger, dans la position qui est la sienne, on parle un petit peu quand même au nom de la France et chaque mot compte".

Le Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a pris dimanche la défense de Ségolène Royal. S'exprimant sur Radio communauté juive (RCJ), il a fait état des informations en sa possession selon lesquelles "la traduction donnée à Ségolène Royal et à l'ambassadeur n'était qu'une traduction abrégée, sommaire, qui ne comportait pas tous les propos rapportés par ailleurs aux journalistes". "Le Hezbollah a tenu des propos, comme d'habitude, provocateurs, insultants, elle y a réagi, comme elle devait y réagir" car une fois qu'elle a eu "la traduction", elle a "dit combien ces propos étaient inacceptables. Je trouve cette polémique déplacée", a-t-il souligné.


"L'UMP, par ma voix, ne souhaite pas utiliser politiquement la faute lourde qui a été commise par Mme Ségolène Royal face au Hezbollah", a déclaré la porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse, sur Radio communauté juive (RCJ). "C'est une faute qui peut avoir des conséquences trop graves sur la région, car c'est l'image de la France qui est en jeu, la stabilité du Proche-Orient qui est en jeu, c'est aussi la relation de la France avec un pays ami, Israël, qui est en jeu et donc, nous ne souhaitons pas une exploitation politique de cela". Pour elle, l'attitude de Mme Royal est "à mettre sur le compte de sa méconnaissance des questions internationales et aussi peut-être de sa méthode", car elle "a toujours voulu faire plaisir à ses interlocuteurs".


Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a mis en garde Ségolène Royal contre des idées "simplistes" au Proche-Orient. "Dans ses mémoires, le général de Gaulle avait écrit: "J'allais vers l'Orient compliqué avec des idées simples. Encore faut-il que ces idées ne soient pas simplistes", a dit le ministre sur France Info.


Pour le ministre de la recherche, François Goulard, "Ségolène Royal, manifestement, ne connaît pas ses sujets et s'est comportée (...) comme un éléphant du PS dans un magasin de porcelaine". "Je lui recommande une chose: quand on ne connaît pas les affaires, on a la modestie et l'intelligence de les apprendre avant de vouloir intervenir", a dit le ministre pour qui Mme Royal "a donné un contre signal évident au cours de ce voyage". "Manifestement, elle a encore beaucoup de progrès à faire avant d'être à la hauteur de sujets comme cela. Elle a des forces d'ordre électoral, en terme de communication, mais il y a aussi une absence de présentation des réflexions qui sont les siennes".
"Je ne veux pas faire de la polémique présidentielle, à ce propos", a déclaré le président de l’UDF, François Bayrou sur TF1. "Simplement un mot pour dire que le Hezbollah, ça ne peut en aucun cas être regardé comme un parti politique comme les autres. Les élus du Hezbollah, avec les thèses qui sont les leurs, ne peuvent pas être regardés comme des élus du Liban comme les autres. Je rappelle la crise qui existe en ce moment au Liban entre le Hezbollah et le gouvernement libanais, et il me semble que toutes les forces de la France doivent être accordées pour soutenir le gouvernement libanais".
Pour l'ancien ministre UMP des Affaires étrangères, Hervé de Charette, "Mme Ségolène Royal s'est trouvée complètement piégée par le Hezbollah qui s'est servi de sa présence pour faire valoir sa propre vision des choses au Liban, vision qui n'est pas celle de la diplomatie française au Liban". Selon lui, la candidate PS à la présidentielle "a contribué à embarrasser la diplomatie française, à affaiblir la position de la France au Liban, à affaiblir la position de nos amis au Liban". "Ca fait un peu trop de porcelaine cassée sans utilité", a-t-il conclu.

Françoise de Panafieu, chef de file de l'UMP à Paris, se dit "profondément choquée par l'absence de réaction de Mme Royal devant les propos inacceptables proférés par un membre du Hezbollah" comparant "la politique menée par Israël au nazisme". La challenger du maire de Paris en 2008 est également "extrêmement choquée que Mme Royal n'ait pas exclu d'emblée une rencontre avec des membres du Hamas" et "souhaite dire aux Israéliens que ces propos n'engagent que la candidate et le Parti socialiste qu'elle représente mais en rien le peuple français".
"Accepter de parler avec un membre du Hezbollah, organisation qui prône la destruction d'Israël, qui a provoqué et mené la guerre contre Israël en entrant en territoire israélien et en prenant des otages, était déjà une faute", a estimé François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy. "Laisser insulter sans réagir les alliés et amis de la France, qu'il s'agisse des Etats-Unis ou d'Israël, en est une autre, lourde". Selon lui, "si les propos scandaleux rapportés par la presse, aux termes desquels Israël aurait été comparé au régime nazi, devaient être confirmés, l'attitude de Mme Royal serait profondément choquante. C'est une chose de vouloir écouter tout le monde. C'en est une autre de dialoguer sans conditions, sans montrer la moindre exigence à l'égard de ses interlocuteurs. Le seul fait que Mme Royal ait hésité à rencontrer des membres du Hamas fait froid dans le dos. Heureusement que ses collaborateurs l'ont corrigée", affirme-t-il également, rappelant que "le Hamas est une organisation terroriste, qui appelle à la destruction d'Israël, et qui retient en outre un otage franco-israélien, le jeune Gilad Schalit". "Mme Royal considère qu'il est normal de parler à un membre d'une organisation terroriste, car dès lors qu'il serait élu il serait légitime" mais "il ne suffit pas d'être élu pour être légitime. Quand on appelle à la destruction d'un Etat ami et souverain, on n'est pas légitime, même si on est élu".