Les salariés mettent les syndicats au piquet

©2006 20 minutes

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Les Français croient encore beaucoup aux conflits, mais leur confiance dans les syndicats s'érode. A la lecture du sondage réalisé cette semaine pour le Manifeste 2007 20 Minutes-RMC-LH2, on se dit qu'il ne va pas être facile de rénover le dialogue en France. Surtout à cause d'une crise de la représentativité des syndicats. « Plus de la moitié des salariés pensent qu'il faut d'abord recourir à des consultations sur les grands enjeux ; les solutions plus constructives, comme des concertations entre syndicats et employeurs, ne viennent qu'en seconde position », analyse François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l'institut LH2.

Autre élément : seuls 15 % des sondés estiment qu'il faut mettre en place une obligation d'adhérer à un syndicat. « Même si dans ce genre de sondages, les gens sont rétifs à toute forme d'obligation, explique François Miquet-Marty, cela traduit sur le fond un problème de confiance vis-à-vis des syndicats. » D'autant qu'ils sont 25 % à estimer qu'aucune des grandes centrales ne défend correctement les droits des salariés. Dans le détail, la CGT arrive en tête avec 30 % d'opinions favorables, devant la CFDT qui en recueille seulement 15 %.

« Le fait que les salariés aient d'abord confiance en la CGT montre bien la persistance d'un modèle social à la française basée sur le conflit, poursuit le sondeur. Ils supposent que la CGT les défend mieux, parce qu'elle est plus radicale, plus visible dans les manifestations. Au bout du compte, les Français ont du mal à imaginer un nouveau type de dialogue social basé sur une confrontation positive entre les différents syndicats. Ils pensent que les résultats s'obtiennent par une lutte. »

Pour autant, ce sondage montre que les Français ne considèrent pas que le dialogue social pourra s'améliorer avec une massification des syndicats. Car pour eux, la faiblesse de ce dialogue en France est d'abord imputable à l'Etat, ensuite au patronat et enfin aux syndicats. Un message fort à l'adresse du gouvernement actuel qui cherche à rénover le dialogue social (lire ci-dessous), mais aussi aux deux principaux candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui veulent faire revenir en masse les salariés vers les syndicats.

David Carzon