Dominique Andolfatto : «Divisés et trop éloignés du terrain»

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Interview de Dominique Andolfatto, auteur d'une «Histoire des syndicats 1906-2006» (Seuil)

Y a-t-il une crise de confiance entre salariés et syndicats ?

Pour les salariés, les syndicats sont trop souvent divisés, éloignés des préoccupations du terrain, et sans réels moyens face aux difficultés économiques. Ils souffrent aussi d'un esprit de boutique. Pourtant les enquêtes montrent que l'image des syndicats reste assez positive, surtout si on la compare à celle d'autres institutions, tels les partis politiques.

L'idée de baser la légitimité des syndicats sur le vote de tous les salariés est-elle la solution ?

Si on va vers ce vote, on risque de renforcer la bureaucratisation des syndicats. De plus, cette élection posera des problèmes d'organisation pratique. Et il n'est pas sûr que les salariés aillent voter.

Faudrait-il rendre l'adhésion à un syndicat obligatoire ?

Cette mesure creusera la distance entre des militants professionnels et les salariés. L'adhésion doit rester un acte volontaire. Les syndicats eux-mêmes le souhaitent.

Que doivent-ils faire pour se rapprocher du terrain ?

Confronté à ce même type de crise, le Parti socialiste, par exemple, a développé de nouvelles formes d'adhésion. Les syndicats doivent pratiquer une démocratie plus participative, consolider leurs réseaux militants. Déjà, certains ont commencé à prendre cette voie. La CFDT envoie sur le terrain des « développeurs », qui cherchent à convaincre de nouveaux adhérents par des actions concrètes dans tous les métiers. Tandis que la CGT cherche à faire à peu près la même chose dans le commerce.

Recueilli par Edouard Lederer