L'Etat veut garder son gros lot

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Un rapport sénatorial prône la création d'une autorité régulatrice des jeux et le développement de la prévention de la dépendance au jeu au moment où le modèle français des jeux de hasard et d'argent est remis en cause par la concurrence des jeux sur internet en Europe.
Un rapport sénatorial prône la création d'une autorité régulatrice des jeux et le développement de la prévention de la dépendance au jeu au moment où le modèle français des jeux de hasard et d'argent est remis en cause par la concurrence des jeux sur internet en Europe. — Robert François AFP/Archives

Ce n'est pas du bluff. Le bras de fer sur les jeux de hasard en France, entre l'Etat qui en a le monopole et les sites de paris en ligne qui le contestent, va franchir un nouveau cap à l'Assemblée. Le gouvernement, profitant de l'examen d'ici à demain de la loi sur la prévention de la délinquance, veut renforcer la répression à l'égard de ces sites. Il est prévu d'aggraver à la fois les sanctions à l'encontre des organisateurs de loteries et de paris en ligne, et d'augmenter les amendes de ceux qui les aideraient à se faire connaître via la publicité et le sponsoring. Mais surtout, l'amendement 254 à l'article 217 vise à créer un mécanisme de blocage des flux financiers entre les sites et les parieurs, souvent installés à l'étranger et soupçonnés de blanchir de l'argent sale. A peu près sur le modèle de ce qu'ont fait les Etats-Unis en octobre.

Ce coup de force intervient au moment où la Commission européenne demande des comptes à la France sur son monopole des jeux de hasard, accordé au PMU et à la Française des Jeux. En effet, la France n'est autorisée par l'UE à conserver ce monopole que si elle n'incite pas les citoyens à jouer. La Commission a adressé une mise en demeure à Paris qui doit s'expliquer très prochainement. Pour Philippe Houillon, président de la commission des lois à l'Assemblée, les deux dossiers sont distincts : « Nous n'allons pas attendre une éventuelle décision de l'Union européenne pour interdire ces jeux qui sont aujourd'hui illicites, au regard du droit actuel. Ensuite, si la donne change et si l'UE décide de libéraliser ces sites, nous nous mettrons en conformité à ce moment-là. » Dans les milieux sportifs, l'heure est à la répression à tout-va. En début de saison, être sponsorisés par les sites en ligne a été interdit aux clubs de foot, ce qui a valu une interpellation médiatique des deux dirigeants de Bwin. Les clubs eux-mêmes ont interdit à ces sociétés d'utiliser leur image sur leurs sites.

David Carzon