Louis Omnès : «J'avais pris toutes les précautions»

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Louis Omnès, ancien directeur de l'hôpital européen Georges-Pompidou.

« Gouffre financier », « hôpital de la mort », « inutile », pourquoi l'hôpital Pompidou a-t-il été tant décrié ?

Dès qu'il y a un grand ouvrage, il polarise tout l'intérêt médiatique et la rumeur. Pompidou n'a pas échappé à cette règle. Ce qui est beau, visible et grand doit être attaqué, cela correspond à l'esprit français.

Vous comparez votre expérience à une « épopée humaine ». C'était si rocambolesque ?

Très complexe surtout : réunir quatre hôpitaux dans une nouvelle structure n'est pas une mince affaire. Imaginez la fusion du Figaro et de Libération, en expliquant aux équipes qu'elles devront à présent partager les mêmes objectifs. J'ai le sentiment d'avoir joué un match de rugby et d'en avoir gardé des cicatrices.

Quelles ont été les principales difficultés ?

Il y a eu des pertes de repères pour le personnel. Mais nous avons surtout eu des problèmes basiques et inattendus, de réseau téléphonique, de plomberie. En partie dus à des malfaçons commises par nos sous-traitants.

Des malfaçons responsables de la crise de la légionellose ?

Oui, pourtant j'avais pris toutes les précautions pour prévenir les infections en m'entourant des meilleurs spécialistes. Jamais je n'aurais pu imaginer que c'est de la plomberie que viendraient les défaillances : on ne parvenait pas à maintenir l'eau à une température acceptable, elle devenait donc potentiellement dangereuse.

Et vous avez vécu la médiatisation de cette crise comme une injustice...

Depuis l'ouverture de l'hôpital, seulement neuf cas de légionellose ont été déclarés. D'autres institutions en ont abrité bien plus, mais les caméras étaient sur nous, pas sur eux. La malchance de Pompidou, c'est de se situer entre les sièges de Canal+, France Télévisions et TF1.

Recueilli par Marie-Colombe Afota