«Bugaled» : le BEA coule la piste du sous-marin

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Le Bugaled Breizh a coulé avec son équipage de cinq marins au large du Cap Lizard (Grande-Bretagne) dans une zone où se déroulaient des exercices de l'OTAN incluant des sous-marins.
Le Bugaled Breizh a coulé avec son équipage de cinq marins au large du Cap Lizard (Grande-Bretagne) dans une zone où se déroulaient des exercices de l'OTAN incluant des sous-marins. — Marcel Mochet AFP/Archives

La partie administrative du dossier est close, pas la polémique. Hier, le Bureau enquêtes-accident-mer (BEA Mer) a rendu publiques les conclusions de l'enquête sur le naufrage du Bugaled-Breizh avec cinq marins à son bord, le 15 janvier 2004. Ce drame a été provoqué par un accident de pêche, estime le BEA Mer, ce qui remet donc en cause l'hypothèse d'un accrochage avec un sous-marin. Le chalutier de Loctudy (Finistère) aurait été coulé à cause d'une « accumulation de facteurs » consécutifs à « l'enfouissement ou à la croche du train de pêche dans le sable », a expliqué à Quimper le directeur du BEA Mer, service dépendant du ministère des Transports. « Il n'y a pas suffisamment de cohérence entre l'hypothèse d'une croche du train de pêche par un sous-marin et les constatations matérielles faites sur le train du Bugaled », explique le rapport de 184 pages.

Les familles des victimes, qui attendent maintenant les conclusions de l'enquête judiciaire (lire ci-dessous), ont qualifié hier ces conclusions de « mensonge d'Etat ». « S'il n'y avait pas eu cinq morts, on serait dans le vaudeville », a asséné Christian Bergot, avocat des familles. « Je m'attendais à tout sauf à ça. Une conclusion aussi stupide... Tous les marins de France vont rire », a réagi le président du comité local des pêches du Guilvinec. « C'est lamentable, je suis écoeuré », a renchéri Rémy Gloaguen, frère de l'un des disparus. Plusieurs sous-marins participaient le jour du naufrage à des exercices de l'Otan au large du cap Lizard (Grande-Bretagne). La découverte de titane sur un câble du train de pêche du Bugaled avait conforté cette piste. Mais, pour le BEA Mer, « s'il y avait eu heurt avec un sous-marin il y aurait plus que des traces ».

Très technique, le rapport montre que le chalutier a pu chavirer à cause d'« un effet de carène liquide », lorsque des paquets de mer ont envahi les différentes parties du bateau, le déséquilibrant. Parmi les facteurs ayant favorisé le naufrage, le BEA cite « le fait de garder les portes ouvertes en action de pêche, surtout par mer de l'arrière », une pratique courante mais prohibée. « Leur fermeture aurait interrompu l'enchaînement des facteurs ayant conduit au naufrage. »

Arnaud Sagnard