En direct du sacre Royal

— 

"J'ai besoin de tout le monde, j'ai besoin de tous les talents, j'ai besoin de tous les socialistes, et cette victoire, c'est la victoire de tous les socialistes".
"J'ai besoin de tout le monde, j'ai besoin de tous les talents, j'ai besoin de tous les socialistes, et cette victoire, c'est la victoire de tous les socialistes". — Eric Feberberg AFP

 À la contempler du balcon de la salle de la Mutualité à Paris, la fête socialiste donnait l’impression dimanche d’une réunion de famille où chaque convive se déteste mais où tous font semblant d’être heureux de manger la dinde ensemble.

Première innovation de l’ère Royal : mis à part quelques photographes et cameramen, la grande majorité des journalistes était parquée à l’étage, loin de la tribune et des personnalités socialistes. Officiellement, la salle étant trop petite, il était impossible de laisser les médias se déplacer librement, comme à chaque grand congrès du PS. Résultat, tels des paparazzis au mariage de Tom Cruise et Katie Holmes, les journalistes étaient condamnés à zieuter les éléphants socialistes, à défaut de pouvoir leur parler.

La tournée des « Royal boys »

Alors, on a regardé. Et l’on a vu les « Royal Boys » faire la tournée des visages, avant l’arrivée de Ségolène Royal et le début de la fête. Vincent Peillon, Patrick Menucci, François Rebsamen, David Assouline, tous les lieutenants royalistes sont radieux. Le sourire éclatant, souvent hilares, ils saluent à tours de mains leurs amis d’aujourd’hui comme leurs adversaires d’hier. Symbole du rabibochage socialiste, Arnaud Montebourg, pro-Royal, est assis à côté de Claude Bartolone, pro-Fabius. Les deux hommes se tapent sur l’épaule et font comment si jamais une campagne ne les séparait. Lionel Jospin, lui, n’est pas là.

DSK sans cravate et avec SMS

Quelques minutes avant l’entrée de Ségolène Royal, c’est à Dominique Strauss-Kahn de se pointer. Sans cravate et sans Anne Sinclair, le n°2 des primaires joue l’homme décontracté. Un bref salut de Laurent Fabius, l’autre perdant du vote interne, quelques mains serrées ici ou là, un mot à son conseiller com’, et DSK s’assoit à sa place, au premier rang. Il n’en bougera plus, préférant envoyer des SMS depuis son portable plutôt que féliciter François Hollande à son arrivée, et applaudissant ensuite du bout des doigts Ségolène Royal à la tribune.

Royal, la rock star

La candidate, elle, est cachée derrière le grand écran. Elle sort, fait quelques pas, s’arrête au centre du podium. La salle tremble, comme au concert d’une rock star. Ségolène exulte. Plantée à la tribune, elle sourit et elle salue la foule, pendant de longues minutes. Quelques pas en avant, et elle embrasse son compagnon François Hollande. Elle veut serrer la main de Fabius, il lui tend la joue, ils s’embrassent eux aussi. Rien pour DSK un peu plus loin.

Elle attend encore plusieurs minutes que les vivats cessent avant de prendre la parole. Dès le début de son discours, son micro fait des siennes. Effet de souffle, sifflements, on entend mal la candidate. Près du local technique, son entourage - Julien Dray, Thierry Dubois, Sophie Bouchet-Petersen… - s’énerve et s’active. Rien n’y fait. Mais le public s’en moque. Il est venu pour voir sa championne, c’est tout ce qui lui importe. Sur la scène, Ségolène déroule : l’ordre juste, l’éducation – «encore l’éducation, toujours l’éducation» - le « désir d’avenir », « l’intelligence collective » des Français, le féminisme – « choisir une femme est un geste révolutionnaire »–… Chaque expression fait mouche, saluée par des tonnerres d’applaudissements. Comme tout bon candidat socialiste, Ségolène Royal n’oublie pas de citer les anciens, Jaurès, Blum et Mitterrand. Pendant son discours, DSK regarde à plusieurs reprises sa montre. Il semble trouver le temps long. Ce n’est pourtant qu’un début. Il reste encore cinq mois de campagne… et peut-être cinq ans de pouvoir si la reine Royal est élue.

Bastien Bonnefous