Violences policières: "au lieu de calmer les choses on frappe"

avec AFP

— 

Le procès de trois policiers jugés pour des violences commises en 2001 sur des habitants de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) s'est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny.
Le procès de trois policiers jugés pour des violences commises en 2001 sur des habitants de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) s'est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny. — Stéphane de Sakutin AFP

Après cinq ans et quatre reports dus à des dysfonctionnements des services du tribunal, quatre plaignants se sont retrouvés jeudi face aux policiers qu'ils accusent de les avoir violemment frappés, lors d'un banal contrôle ayant dégénéré le 17 octobre 2001 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Ils étaient trois policiers à comparaître devant le tribunal correctionnel de Bobigny où le ministère public a requis une peine de prison ferme contre l'un d'eux. Les policiers ont tous réfuté être les auteurs des "violences par personne dépositaire de la force publique" pour lesquelles ils étaient renvoyés sur la base des témoignages des plaignants.

Leur avocate a plaidé leur relaxe, estimant que les réquisitions du ministère public "versaient dans l'excès" et s'appuyaient sur des récits "incohérents". Le jugement a été mis en délibéré au 24 janvier.


« Emeute générale en ville »
Cinq ans après les faits, les quatre victimes, Lucas Navarro et Imane Bourass (en photo), mineurs à l'époque, la mère d'Imane, et Juliette, une de leur voisine, ont raconté cette fin de journée du 17 octobre 2001, où en quelques minutes les plus jeunes ont été mis à terre et menottés, frappés à coups de pieds ou de matraques par des policiers qu'ils n'ont pas toujours été en position d'identifier.

Lucas, qui a eu le nez cassé, avait donné à l'époque une description précise de Thierry Jean, un policier chauve de 37 ans aujourd'hui formateur de ses pairs.

Contre ce dernier, la procureure Camille Hennetier a requis six mois de prison, dont quatre avec sursis, avant de demander deux et quatre mois de sursis contre Lucien Tel, 50 ans, et Sylvain Ghesquière, 33 ans. Les trois hommes étaient venus aider des collègues dépassés par un banal contrôle d'identité sur la dalle de la place du Caquet, un lieu réputé "chaud" du centre de Saint-Denis.

Les débats ont montré la grande confusion (un policier gazant ses collègues) dans laquelle 33 policiers au total interviendront après l'appel radio paniqué d'une jeune adjointe de sécurité. Juliette, l'une des victimes, entend l'appel: "Emeute générale en centre ville".


« Une intervention ubusesque »
Selon le rapport de police, une vingtaine de personnes (des jeunes, des parents) commençaient à s'attrouper et à prendre à partie une patrouille de policier appelée pour un vol de portable. "

"Au lieu de calmer les choses, on interpelle, on frappe et on met dans le panier à salade sans discernement. C'est ubuesque", a estimé la procureure. La réponse a été "disproportionnée", a-t-elle ajouté alors que, selon, elle la situation "n'était pas incontrôlable". Ces violences sont "inacceptables" et "viennent briser encore un peu plus la relation de confiance qui doit exister entre une population et sa police", a-t-elle insisté, reconnaissant que c'était plutôt la "défiance" qui prévalait à l'époque.

"Vous allez vers Sofiane, vous le menottez mais vous ne savez pas pourquoi", observe le président à l'intention d'un policier qui lui explique qu'il voulait "stabiliser" les personnes. "Pourquoi l'emmenez-vous au fourgon ensuite alors si vous n'avez rien à lui reprocher?" "Parce qu'il était menotté", répond trois fois le policier au juge.

Les victimes étaient finalement sorties du commissariat avec des timbres-amendes pour tapage injurieux.