Chez Norsys, le CV anonyme a boosté la diversité

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Il se sent bien seul. Patron de Norsys, une PME de la banlieue lilloise spécialisée dans les nouvelles technologies, Sylvain Breuzard expérimente depuis janvier le CV anonyme. Ce projet de loi a beau avoir été ajourné sine die en octobre dernier, ce dirigeant de 46 ans n'a pas baissé les bras. Balayant les critiques sur le coût et la perte de temps d'une telle mesure, ses services ont « déshumanisé » un millier de candidatures pendant dix mois, en ne transmettant ni le nom, ni l'âge, ni le sexe, ni l'adresse des candidats aux personnes chargées de procéder aux entretiens d'embauche. Résultats : 5 % de femmes en plus dans les locaux et davantage de salariés issus de l'immigration. « L'ordonnance de 1945 sur le contrôle au faciès m'interdit de vous dire combien », regrette le chef d'entreprise.

Et les seniors dans tout ça ? Habituellement exclus des entretiens d'embauche pour des postes informatiques, ils ont sensiblement fait évoluer la moyenne d'âge de cette boîte de 170 salariés aux allures de start-up. Ce qui fait dire à Thomas Chaudron, président du Centre des jeunes dirigeants d'entreprises, que le « monde se porterait mieux s'il comptait plus de Sylvain Breuzard ». L'intéressé reste modeste. Il veut aujourd'hui ouvrir le débat. « Qu'un ministre réunisse tous les dirigeants qui sont dans l'action pour dresser un vrai bilan du CV anonyme ! » Et d'interroger : « Si j'arrêtais tout, que pourrai-je dire aux minorités visibles que je croise tous les jours dans mes couloirs ? »

A Lille, Vincent Vantighem

La loi pour l'égalité des chances prévoit que les entreprises de plus de 50 salariés devront utiliser le CV anonyme. Mais le décret n'a toujours pas été publié. Il pourrait même être enterré. Le gouvernement parle d'« expérimentations » avant son éventuelle adoption.