Grandes causes : la télé n'y va pas de main morte

— 

Accueillir et prendre en charge des femmes victimes de violences conjugales : l'unité de consultation médico-judiciaire (UCMJ) de Créteil, l'un des trois sites de référence en France dans ce domaine, le fait au quotidien, en partenariat avec des associations.
Accueillir et prendre en charge des femmes victimes de violences conjugales : l'unité de consultation médico-judiciaire (UCMJ) de Créteil, l'un des trois sites de référence en France dans ce domaine, le fait au quotidien, en partenariat avec des associations. — Alain Julien AFP/Archives

Une femme est train de faire la vaisselle. Son mari s’approche et la brutalise car elle fait trop de bruit. Elle tombe. Son petit garçon arrive et lui donne un coup de pied dans le ventre. C’est la dernière campagne télévisuelle de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), diffusée à partir de lundi soir sur plusieurs chaînes télévisées. Son message : un homme qui maltraite sa femme apprend la violence à ses enfants.

« Nous sommes l’une des rares associations à s’adresser directement aux hommes violents », explique la FNSF. Cette année, vous avons voulu balayer les idées reçues telles que "c’est un mari violent, mais c’est un bon père" ou "cela concerne le couple, pas les enfants"».

En 2005, la FNSF avait diffusé un spot dans lequel une jeune femme était poursuivie par un individu dans une forêt. Peu à peu, le téléspectateur découvrait qu’il s’agissait en réalité de son domicile et que l’individu n’était autre que son mari.

Choquer pour être entendu
A l’instar des campagnes de sécurité routière ou de santé publique (tabac, alcool…), celles concernant la violence conjugale et familiale sont de plus en plus «choc». Objectif : « créer une prise de conscience » et inciter les victimes ou les proches à témoigner – un numéro s’affiche à la fin de la publicité.

Olivier Domerc, ancien rédacteur en chef de l’émission Culture pub sur M6, y voit aussi un moyen « d’actionner un levier politique. Le calendrier de diffusion de ces campagnes n’est jamais un hasard. Il y a parfois des discussions parlementaires à l’horizon ou une échéance électorale… » L’association invoque tout simplement la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre.

Reste que selon Olivier Domerc, « mieux vaut frapper fort si l’on veut être entendu, notamment par les élus. » Un virage sensationnaliste qui remonte à environ cinq ans en France, avec l’émergence de la sécurité routière, un des trois grands chantiers du quinquennat de Jacques Chirac. L’une des dernières campagnes en date (janvier 2006) montre ainsi une petite fille projetée à travers le pare-brise parce qu’elle n’avait pas de ceinture et que son père n’a pas respecté la distance de sécurité.

Ne pas culpabiliser
La santé publique use des mêmes ficelles, avec pour ressort principal la culpabilisation. Dans une publicité de Tabac info service, on assiste ainsi au décompte des milliers de cigarettes fumées par Marie… 7 ans, fumeuse passive. « La culpabilisation n’est pas forcément une bonne technique, car elle peut provoquer l’évitement chez le public visé », commente Olivier Domerc. Un avis partagé par Serge Tisseron, psychanalyste spécialiste des images. « Culpabiliser ne sert à rien. Il faut proposer des solutions, des alternatives. » Une technique largement utilisée outre-manche, où le public est rompu aux publicités «grandes causes » choc. L’association de protection de l’enfance NSPCC met par exemple en scène des adultes violents ou incestueux arrêtés dans leurs gestes par les volontaires de l’association. L’association n’hésite pas non plus à utiliser la technique du cartoon pour faire passer ses messages auprès des enfants.

« Les Britanniques et les anglo-saxons en général ont une approche beaucoup plus pragmatique car la défense des grandes causes y est privatisée depuis longtemps, explique Olivier Domerc. Les associations et les fondations qui produisent ces campagnes télévisées réfléchissent comme des annonceurs, en termes d’impact, de message… » Une tendance qui se dessine en France, puisque ce sont désormais des associations comme la FNSF qui sont à l’origine de campagnes de sensibilisation. Mais Olivier Domerc s’interroge : « Ont-elles toujours l’approche la plus sûre pour défendre l’intérêt général ? Je n’en suis pas certain. »

Catherine Fournier





- D'autres exemples de campagnes télévisuelles :
En France :
Sécurité routière : http://www.securiteroutiere.gouv.fr/data/DSCR_Ceinture/index.html Tabac : http://www.tabac-info-service.fr/fr/addons/pdf/Toxic_corp.wmv
Sida : http://www.inpes-sida.fr/fr/campagnes/homosexuels/bdd/c_id/37/page/media/id/520/nb/01/
En Grande-Bretagne :
Tabac : http://www.bhf.org.uk/smoking/bhf_anti-smoking_ad.mpg
Sécurité routière : http://www.thinkroadsafety.gov.uk/campaigns/drinkdrive/download/crash.mpg
http://www.thinkroadsafety.gov.uk/campaigns/seatbelts/download/backwards.mpg



Compte-tenu de la nature violente de certaines scènes, la campagne de la FNSF sera diffusée à partir de lundi soir, après 22h30, sur les chaînes partenaires : TF1, France 4, RTL 9, MCM, Canal+ décalé, Planète, Cuisine TV.