Nicolas Sarkozy face au casse-tête Royal

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Nicolas Sarkozy a estimé vendredi que la victoire de Ségolène Royal à la primaire socialiste traduisait "une aspiration forte(...) au renouvellement de la classe politique", exprimant l'espoir d'un "débat de la modernité" avec elle.
Nicolas Sarkozy a estimé vendredi que la victoire de Ségolène Royal à la primaire socialiste traduisait "une aspiration forte(...) au renouvellement de la classe politique", exprimant l'espoir d'un "débat de la modernité" avec elle. — Dominique Faget AFP

« Parce que c'est une femme. » C'est aussi bête et aussi profond que cela. Les Français se déclarent attirés par Ségolène Royal d'abord parce qu'elle n'est pas un homme* et qu'elle brigue l'Elysée avec des chances d'y parvenir, ce qui relève de la nouveauté dans notre paysage politique. C'est donc un challenge inédit qui attend Nicolas Sarkozy, son principal adversaire. Sur quelle prise peut-il s'appuyer pour la faire chuter ? Attention à ne pas se tromper, le risque est grand d'être accusé de machisme, l'a prévenu hier la chiraquienne Michèle Alliot-Marie : « On ne traite pas un adversaire femme comme un homme. J'en sais quelque chose. Certains hommes devront modifier leur style, et c'est tant mieux. » Suivez son regard.

Officiellement, le ministre de l'Intérieur est serein. Mieux, il déclare « se réjouir » du choix des militants socialistes, parce que Ségolène Royal est une « personne de qualité ». Il se félicite aussi de « la perspective d'un débat de fond ». La plupart de ses proches s'en satisfont tout autant, convaincus que sur ce terrain, la candidate PS ne fera pas le poids.

Ce qui reste à voir. « On ne fait pas un score faramineux à une primaire sans avoir de fond, estime François Miquet-Marty, directeur des études politiques de LH2. Sur l'insécurité, la place de la France dans le monde, l'immigration, l'autorité, Ségolène Royal est en phase avec les électeurs, notamment des catégories défavorisées. » Sa proposition iconoclaste sur l'encadrement militaire des délinquants a par exemple fait mouche. Quant à ses lacunes sur des sujets comme le nucléaire, il semble que les électeurs ne lui en tiennent pas rigueur. Au point qu'un sarkozyste s'inquiète en privé : « Je crains que les Français aient tellement envie de changement qu'ils élisent n'importe qui, pourvu qu'il n'incarne pas le sérail. Et peu importe si ce candidat ne répond pas à des questions essentielles pour l'avenir du pays. » Le député UMP Yves Jégo se rassure : « Sarkozy dispose d'un énorme réservoir d'électeurs dévoués à lui. Quoi qu'il arrive, les sondeurs lui assurent au minimum 20 à 22 % au premier tour de la présidentielle. » Et donc sa présence au second tour. Alors que Royal aura des difficultés, s'imaginent des sarkozystes, à franchir l'obstacle Le Pen.

S. Colineau

* Sondage Ifop-JDD du 19 novembre 2006.