La campagne en partage

Le « vlogging » rtage de vidéos sur DailyMotion et YouTube - redéfinit les règles de la campagne présidentielle

Catherine Fournier

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Les bloggers se sont imposés dans la campagne électorale aux Etats-Unis comme une source d'information très prisée face aux médias traditionnels.
Les bloggers se sont imposés dans la campagne électorale aux Etats-Unis comme une source d'information très prisée face aux médias traditionnels. — Samantha Sin AFP/Archives

Comme elle l’a déjà fait outre-Atlantique, l’émergence du «vlogging» - le partage de vidéos sur DailyMotion et YouTube - en France redéfinit les règles de la campagne présidentielle. Pas d'instance de contrôle, de responsables, de règles ou de temps de parole… Le CSA s'est déclaré incompétent et seul le Forum des droits sur l'Internet veut essayer de clarifier les bons usages. Car tout est permis dans cette guerre des images d’un nouveau genre: confidences off, clips parodiques, diffusion d'images d'archives pour discréditer l'adversaire...

Effet miroir, les blogs, qui relaient cette nouvelle forme de communication politique, s’interrogent sur le phénomène: la présidentielle se jouera-t-elle sur Daily Motion ? La diffusion le 8 novembre d’une vidéo où Ségolène Royal revendique les 35 heures pour les enseignants semble avoir mis le feu aux poudres. Le blogueur Francis Pisani, sur Transnets, va même jusqu’à «inscrire sur le calendrier du vlogging cette date comme l’émergence de ce nouveau média dans la communication politique». Pour Loïc Le Meur, patron d'une des principales plateformes de blog, c'est même la fin du «off» et le début de la «transparence», une pratique qui permet les confidences des hommes politiques aux journalistes sans que les premiers soient cités.

Corbeau virtuel
Même si ce n’est pas la première vidéo concernant «Ségo» qui circule, de façon plus ou moins bienveillante, sur les sites de partage, celle-ci arrive "opportunément dans la campagne interne du PS", selon Patrick Gonthier, secrétaire général du syndicat de professeurs Unsa-Education. Après avoir pisté le «corbeau» - un certain «Jules Ferry» -, les ségolistes disent avoir trouvé le coupable: le sénateur "strausskiste" Daniel Raoul.

«Internet se révèle un media majeur de la campagne, c'est la démocratie participative, la présidentielle 2.0» ironise ainsi Pierre Chappaz (kelblog), faisant référence à un thème de campagne cher à la présidente Poitou-Charentes.

Détournements et dérapages
Parmi les vidéos à caractère politique, deux genres cohabitent sur les sites de partage: le montage parodique ou militant, qui s’apparente à un clip de campagne à l’américaine. Cela va du débat PS détourné en impro type human beat box à la reprise ségoliste de la chanson de la jeune Ilona Mitrecey en passant par un film qui confronte les déclarations chocs de Nicolas Sarkozy à des images de bavures policières. Mis en ligne par l'association Reso qui rassemble des jeunes strauss-kahnien, le clou de ce clip reste ce lapsus du ministre de l’Intérieur: «je vais donner les coups les plus fous à la délinquance».

Le deuxième genre de vidéos consiste justement à surprendre les moindres dérapages, insuffisances ou contradictions des candidats. Entre les sifflets enregistrés au Zénith, la critique post-mortem du sociologue Pierre Bourdieu, et l’émission où elle se fait coller par Philippe Douste-Blazy sur le montant du déficit des comptes sociaux en 2000, Ségolène Royal détient la palme de ces archives oubliées, soigneusement sélectionnées et rediffusées au moment opportun sur Dailymotion. Sera-t-elle la première victime française du vidéo-sharing?

Comme aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, le sénateur républicain deVirginie, George Allen, ne s’en est pas relevé . Une vidéo amateur, vue des milliers de fois sur YouTube, l’avait filmé en train d’insulter un caméraman noir (en le traitant de macaque). George Allen s’excusera mais perdra l’élection à ... 7000 voix.



Cadre juridique flou La diffusion de vidéos sur le Web n'est soumise au contrôle d'aucune institution. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel s'est déclaré «incompétent» et ne comptabilise pas les temps de paroles. En cas de dérapages, la position de Dailymotion comme de YouTube est claire: «Nous ne sommes pas responsables des vidéos qui sont postées et diffusées sur notre site. Si on nous en fait la demande, nous les retirons. Mais notre position est celle d'un simple hébergeur et nous n'avons pas la possibilité de retrouver ceux qui ont émis les vidéos.» Devant la débauche d’images non controlables et la multiplication des blogs, le forum des droits sur Internet, seul garde-fou juridique sur la Toile, recommande aux candidats à partir du 1er janvier 2007 de s’abstenir de faire de la publicité commerciale (bandeaux, liens sponsorisés) et d’"utiliser des mots-clés qui portent atteinte au droit des tiers".