Le gratin de l'industrie sur le gril

©2006 20 minutes

— 

Le dossier Moulinex a deux faces. D'un côté, une procédure civile au tribunal de commerce de Nanterre pour déterminer la date effective de cessation de paiement et les moyens de combler son passif. Elle a été engagée par les administrateurs judiciaires de Moulinex qui ont trouvé après la faillite un trou de plus d'un milliard d'euros. Vingt-sept dirigeants, dont les prestigieux Alain Minc et Pascal Lamy, sont visés. Le rôle des banques créancières est également sujet à caution. Un document judiciaire consulté par 20 Minutes établit que le Crédit Lyonnais et la Société générale, chefs de file du pool bancaire qui finançait l'entreprise, avaient une « parfaite connaissance » de sa situation en 1999.

Côté pénal, l'instruction doit déterminer si les bilans n'ont pas été truqués et si la faillite est frauduleuse, notamment au moyen d'abus de biens sociaux. A ce jour, neuf personnes ont été mises en examen dans l'affaire : sept anciens dirigeants dont l'ex-patron du PSG Pierre Blayau, PDG de l'entreprise de 1996 à 2000, ainsi que deux commissaires aux comptes. Les rémunérations des dirigeants, dont la prime de départ de 2 millions d'euros de Blayau, sont épluchées. A l'issue des procédures, la justice aura désigné qui avait intérêt à financer à perte une entreprise dont un rapport d'experts estime qu'en 1998 elle avait déjà « un taux d'endettement critique ». Qui ? Les banques, parce qu'elles touchaient des intérêts colossaux sur les dettes ou bien Seb, avance même un avocat, « qui ne pouvait reprendre Moulinex sans fâcher les autorités de concurrence » sauf si celui-ci déposait son bilan.