L'Observatoire de la délinquance pourrait être saisi

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« Je vais demander l'ouverture d'une enquête. » Maire (PS) de Tourcoing et membre de l'Observatoire national de la délinquance, Jean-Pierre Balduyck réagit vivement à la « diminution artificielle » des violences urbaines de l'automne 2005. Si les manipulations confirmées sont pour l'heure isolées, elles interpellent l'élu sur le rôle de l'Observatoire chargé d'analyser l'évolution de la délinquance en France. Fondé sur un principe d'indépendance en novembre 2003, cet institut ne dispose pourtant d'aucun pouvoir d'enquête. « On n'est pas à l'inspection générale de la police nationale, se défend Christophe Soullez, son directeur. On ne fait que recevoir les chiffres du ministère de l'Intérieur. » Et, pour Jean-Pierre Balduyck c'est là que le bât blesse : « Si un médecin n'a pas le bon stéthoscope, comment peut-il fournir un diagnostic valable ? » Une source interne à la police nordiste précise même : « La manoeuvre sur les chiffres, on s'en était rendu compte nous-mêmes en les regardant de près... »

« Nous n'avons jamais accès à ces données, déplore d'ailleurs Philippe Ricq, secrétaire Unsa-Police pour la région Nord. On nous accorde des primes au mérite sur des résultats impossibles à vérifier. » Car l'enjeu est de taille et souvent politique. Ce qui laisse planer le doute sur l'objectivité des statistiques publiées chaque mois par les préfectures. Avec en filigrane des « pressions » évoquées sous couvert d'anonymat ou à demi-mot : « On nous incite parfois à enregistrer des mains courantes plutôt que des plaintes. Ces éléments n'entrent pas dans les statistiques », poursuit Philippe Ricq. Egalement président de la conférence nationale des maires de France sur la sécurité, Jean-Pierre Balduyck est sous le choc : « Quelle est la valeur de notre travail à l'Observatoire ? Si c'est pour ça que l'on perd notre temps en réunions... »

V. V. et O. A.