Christophe Caresche : «Notre système n'est bon ni pour le détenu, ni pour la société»

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Interview de Christophe Caresche, député PS de Paris, auteur ` de Prison, peine perdue (Seuil).

Vous plaidez pour une refonte de notre système carcéral...

Il ne fonctionne plus. Nos prisons étouffent avec la surpopulation, la détention provisoire explose, les sorties sans suivi sont la règle, on mélange petits et grands délinquants. Plus grave, une partie de la droite et de l'opinion bascule sur une vision de la prison comme une punition et rien d'autre.

C'est-à-dire ?

On estime que le détenu doit avant tout payer pour sa faute. Or tout condamné est amené un jour à sortir. La peine ne peut être appréhendée comme une simple neutralisation, elle doit être aussi une préparation à la réinsertion. Le système actuel n'est une solution ni pour la société ni pour le détenu.

Mais les Français demandent de plus en plus de sévérité à l'égard des délinquants.

Les Français sont ambivalents. Ils n'admettent pas la récidive, mais en même temps, ils sont choqués par les conditions de détention et les erreurs judiciaires comme celle d'Outreau. Il est temps de proposer un projet différent quitte à aller contre l'opinion.

Quel projet ?

La gauche doit assumer un discours courageux, sans laxisme ni angélisme. Il faut instaurer un numerus clausus : une place, un détenu. Il faut multiplier les peines alternatives pour les petits délits avec les travaux d'intérêt général, augmenter le nombre de bracelets électroniques, renforcer les services de travailleurs sociaux en prison et à la sortie. Actuellement, il y a un agent socioéducatif pour 80,5 détenus.

Vous soutenez Ségolène Royal. Peut-elle porter ce projet ?

Lorsqu'elle propose d'encadrer militairement les jeunes délinquants, elle précise qu'il faut tout faire pour éviter la prison. Elle a la stature morale pour porter un projet courageux.

Recueilli par Bastien Bonnefous