Clearstream : le nom de Sarkozy réapparaît

©2006 20 minutes

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Le doute est semé. Imad Lahoud, personnage central de l'affaire Clearstream soupçonné d'avoir manipulé les listings de comptes envoyés par le corbeau Jean-Louis Gergorin, affirme avoir rencontré deux fois Nicolas Sarkozy en 2004.

Il jette ainsi le soupçon sur la position de l'actuel ministre de l'Intérieur, qui se présente depuis des mois comme la principale victime des courriers du corbeau. L'intéressé a immédiatement démenti les propos relayés par l'avocat d'Imad Lahoud. Au vu des mises en cause successives de l'informaticien et de ses déclarations contradictoires, ces affirmations auraient pu faire peu de bruit. Seulement, on retrouve également l'éventualité de telles rencontres dans le livre Un fiasco français, du journaliste du Figaro Eric Decouty (éditions Denoël), qui sort le 16 novembre. L'ouvrage indique qu'une note du général Rondot, qui enquêtait pour le gouvernement sur l'affaire, mentionne un contact entre Lahoud et Sarkozy, alors ministre du Budget. Un point qui n'a visiblement pas été exploité jusqu'à présent par les juges dans leur instruction, notamment lorsqu'ils ont reçu le ministre de l'Intérieur comme plaignant. Une source proche du dossier a affirmé à 20 Minutes qu'Imad Lahoud aurait finalement rencontré à Bercy le directeur de cabinet du ministre d'Etat.

Ce nouveau rebondissement souligne encore un peu plus à quel point le dossier est depuis le début de l'affaire mêlé à des intérêts politiques. C'est au moment où la justice s'approche du Premier ministre avec sa prochaine audition que l'attention est dirigée sur le ministre de l'Intérieur. La rivalité entre les deux hommes semble même relayée par les corps de justice eux-mêmes, avec d'un côté le parquet de Paris réputé proche de Matignon et, de l'autre, les magistrats enquêteurs soupçonnés de favoriser le patron de la Place Beauvau.

Qualifiées samedi de « diversion » par Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, dans Le Parisien, ces affirmations relancent néanmoins deux questions qui n'ont pas encore trouvé de réponse. Pourquoi le ministre, qui disposait d'informations sur le déroulement de l'affaire, a-t-il attendu plus d'un an pour se porter partie civile ? Et surtout, pourquoi l'enquête de la justice n'a-t-elle été relancée qu'à partir de ce moment ?

Arnaud Sagnard