«Quel intérêt j'aurai à rencontrer un escroc»

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Dominique de Villepin préside jeudi matin le 4ème Comité interministériel de contrôle de l'immigration (Cici) à Matignon, où le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy présentera son avant-projet de loi visant à privilégier une immigration "choisie".
Dominique de Villepin préside jeudi matin le 4ème Comité interministériel de contrôle de l'immigration (Cici) à Matignon, où le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy présentera son avant-projet de loi visant à privilégier une immigration "choisie". — François Guillot AFP/Archives

Retour sur l’avant-scène pour les protagonistes de l’affaire Clearstream et nouveau jeu de dupes. L’avocat d'Imad Lahoud, mis en examen dans l'affaire et falsificateur présumé des listings, a déclaré vendredi à l'AFP que son client lui avait assuré avoir «rencontré» Nicolas Sarkozy «à deux reprises» en 2004 pour «évoquer» ce dossier. [Lire la chronologie détaillée].

«M. Lahoud ne fait pas partie de mes fréquentations ni de mes rencontres, a immédiatement démenti le ministre de l’Intérieur. Quand je vois son pedigree judiciaire, ça ne me donne pas envie de le fréquenter, ce monsieur». «Il semble (que M. Lahoud) ait été à l'origine de l'opération destinée à me salir, a-t-il ajouté. Imaginez un peu quel intérêt j'aurais à rencontrer un escroc». Le ministre a enfoncé ce clou car il n’est pas «homme à fréquenter quelqu'un comme M. Lahoud, ni comme M. Gergorin», le corbeau présumé et ex-vice-président d'EADS, mis en examen lui aussi pour «dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux».

Imad Lahoud avait jusque-là nié avoir rencontré celui qui était au ministère de l'Economie et des finances à cette époque et dont le nom —entre autres personnalités — figurait sur des listings comptables de la société financière luxembourgeoise Clearstream. Ces documents, envoyés anonymement au juge Van Ruymbeke étaient accompagnés de courriers laissant entendre que les noms citées avaient touché des pots de vin dans le cadre de la vente de frégates à Taïwan en 1991. Le magistrat a ensuite établi que ces listings avaient été truqués.

Nicolas Sarkozy, partie civile dans cette affaire, a été entendu par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons le 9 mai dernier. Il s'est déclaré à plusieurs reprises victime d'une «manipulation».

«Matignon ne fait aucun commentaire», a répondu vendredi l'entourage du Premier ministre Dominique de Villepin, lui-même mis en cause dans cette vaste affaire de manipulation politico-économique.

Les magistrats en charge de l'information judiciaire ont accéléré leurs auditions depuis le 18 octobre : l'ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères de 2002 à 2004, Pierre Vimont, a été entendu par les juges d'Huy et Pons. Le lendemain, c’était au tour de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin d’être reçu en qualité de témoin. Enfin, le 29 octobre, le parquet de Paris confirmait également que le procureur de la République avait demandé aux juges d'entendre en qualité de simple «témoin» Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie.