«La répression n'a pas eu d'efficacité»

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Interview de Véronique Le Goaziou, sociologue, chercheuse associée au Centre d'étude de la vie politique française.

Les Français pensent que pour lutter contre l'insécurité, mieux vaut privilégier l'emploi et les mesures sociales...

Cela montre que les Français sont intelligents et qu'ils sont de très bons observateurs de la réalité. Ils voient que la politique actuelle, axée sur la répression, n'a pas eu d'efficacité dans les quartiers sensibles. Un an après les émeutes, on voit qu'on est face à un processus sans fin si l'on privilégie les mesures répressives.

Les mesures sociales prises par le gouvernement ne suffisent-elles pas ?

Il n'a pas vraiment pris le taureau par les cornes. Il y a une énorme distance entre les annonces et leurs effets. Les mesures annoncées par Dominique de Villepin le 8 novembre 2005 n'ont été que l'accélération des mesures déjà contenues dans le plan Borloo. Et le plan Borloo, c'est principalement des restructurations de quartiers, des destructions et des reconstructions.

Les Français jugent par ailleurs que la priorité devrait être donnée à l'éducation pour améliorer la situation dans les cités. Ont-ils raison ?

Là aussi, ils sont plus intelligents que les gouvernants. Il faut donner plus de moyens aux écoles des quartiers en difficultés. Si on se contente de placer les enfants dans les mêmes conditions que dans les quartiers plus favorisés, on ne fait que reproduire les inégalités. Ce qui fait la différence de réussite scolaire avec les milieux aisés, c'est quand les parents ont les moyens de prendre un trois-quarts temps pour veiller sur les devoirs des enfants ou de payer des internats quand ils sont en difficultés.

Recueilli par S. Colineau