«La République a oublié ces quartiers»

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Interview de Djamel Atallah, fondateur de Vénissieux à venir (Rhône), ancien de la Marche des Beurs.

Un an après les émeutes dans les banlieues, qu'est-ce qui a changé ?

Rien. La politique de répression et de provocation envers les jeunes continue. Tout est fait pour que les émeutes recommencent cet hiver. J'ai même l'impression que certains hommes politiques attisent les flammes à l'approche de l'élection présidentielle.

Plusieurs incidents ont récemment eu lieu autour de Paris. Quel est le climat à Vénissieux ?

Ici, tout le monde reste calme, mais il y a une petite tension. A la moindre étincelle, ça peut dégénérer.

Selon les syndicats, le nombre de policiers blessés a augmenté dans le Rhône depuis le début de l'année. Qu'en pensez-vous ?

C'est regrettable. La police est un instrument indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Il ne doit pas exister de zone de non droit en France. Mais il serait bien aussi de savoir combien de jeunes sont blessés par des policiers. Pour ça, aucune statistique n'existe.

Quels comportements vous énervent chez les policiers ?

Le tutoiement lors des contrôles d'identité. Les policiers représentent la loi. Un simple vouvoiement peut apaiser les tensions. Je regrette la police de proximité, qui faisait un réel travail de fond dans les quartiers.

En 1983, vous étiez à l'initiative de la Marche des Beurs. Quel est votre sentiment sur l'évolution des banlieues ?

J'ai l'impression que la République a oublié ces quartiers. Elle s'y intéresse uniquement quand il y a des émeutes. Les rénovations d'immeubles ne suffisent pas. En 1980, il aurait déjà fallu inciter de grandes entreprises à s'installer dans les quartiers populaires pour résorber le chômage et préserver la mixité sociale. Aujourd'hui, dans certaines écoles, il y a 85 % d'enfants français d'origine étrangère... C'est grave.

Recueilli par Carole Bianchi