«Il y a des trucs qui se préparent, on le sent»

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Ils doivent tout faire : détruire, reconstruire, rénover, rassurer, améliorer, sanctionner, négocier des aides... Ils sont critiqués mais on attend beaucoup d'eux. Tous les maires qui ont dans leur commune une zone urbaine sensible (ZUS), savent qu'ils sont tenus à l'impossible : régler à court terme des problèmes que d'autres ont mis tant de temps à laisser pourrir. Nous avons suivi deux maires, Georges Mothron (UMP), à Argenteuil (Val-d'Oise) et Nicolas Perruchot (UDF), à Blois (Loir-et-Cher), lors de rencontres sur des questions de rénovation urbaine.

Ce samedi matin d'octobre, Georges Mothron fait le tour du quartier du Val d'Argent. Rendez-vous dans un local pour présenter les détails de la rénovation : démolition, reconstruction, mise en valeur des espaces verts, ouverture vers le centre... « Pourquoi vous ne construisez pas les nouveaux logements avant de détruire les tours ? », demande un homme. « Le manque de réserve foncière nous oblige à détruire avant de reconstruire, explique Georges Mothron. Mais tous les relogements se passent bien. »

« Mon voisin a mis des piques sur son portail »

Une fois la présentation sur plan terminée, direction le terrain. Le maire est aussitôt alpagué par une riveraine. Elle habite dans une maison qui jouxte la cité. Elle semble à bout. « J'habite en face du terrain de jeux, les gamins envoient toujours le ballon dans mon jardin. Mon voisin a même mis des piques sur son portail pour les empêcher d'escalader. » Un peu plus loin, le groupe rejoint un terrain de sport dont la pelouse d'origine a laissé place aux crottes de chien et aux traces de pneus. Ici, tout va être grillagé et transformé en plaine de jeux. « On nous nique nos délires, on jouait au foot ici », regrette un jeune resté à l'écart. Sur la dalle, des copropriétaires interpellent le maire : « On a appelé la police pour un vol de moto, mais elle ne veut pas venir, sous prétexte qu'on n'est pas prioritaire. » Le maire fait appeler le commissariat qui confirme : ils ont des interventions plus urgentes. « Ça fait des mois qu'on nous dit ça », enrage un habitant.

Si Argenteuil veut ouvrir ses quartiers, à Blois la problématique est inverse. Elle doit fermer des accès de son immense ZUS de 18 000 habitants (pour 50 000 au total) pour empêcher les rodéos de voitures et de quad. Lundi soir, Nicolas Perruchot présente à des copropriétaires des quartiers nord des aménagements à venir, qui font l'unanimité : barrières, places de parking, éclairage public...

« On squatte avec eux et ils finissent par partir »

« Il faut donner envie aux habitants de se réapproprier leur quartier », explique le maire. Celui-ci profite de la réunion pour prendre la température et les réactions fusent à propos des gens qui « ne se garent pas devant chez eux, où des voitures ont brûlé l'an dernier, mais plus loin » ou des jeunes qui « squattent les jeux pour enfants, pour fumer de la drogue ». La réunion finie, le maire rend visite à l'association de quartier des correspondants de nuit, qui tournent le soir pour faire de la prévention, tisser du lien social. Nés en 2001 après des émeutes qui ont marqué la ville, ces « blousons jaunes » sont au courant de tout. Et ils profitent de la présence du maire pour lui signaler le cas d'un jeune majeur à la dérive. « Il faut faire quelque chose, il ne respecte plus rien », explique Mohamed. « D'habitude, on arrive à raisonner les jeunes qui squattent sous les porches. Sinon on a un truc : on squatte avec eux et ils finissent par partir. » Sous la tour Kennedy, les blousons jaunes vont sillonner, avec le maire, les allées du centre commercial couvert qui servent de refuge pour les jeunes. « Il y a des trucs qui se préparent, on le sent », explique un des correspondants de nuit. « Rien n'est gagné », reconnaît Nicolas Perruchot. La preuve, les banlieues ne transcendent pas les partis politiques. Lui, l'élu UDF, doit toujours se battre pour obtenir certains financements que la région, tenue par le PS, lui refuse pour « des raisons politiques ».

David Carzon