Ségolène Royal : «On n'est jamais déçu avec la démocratie participative»

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55% des sympathisants socialistes ont trouvé Ségolène Royal la plus convaincante des candidats à l'investiture socialiste lors du débat l'ayant opposée mardi soir à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, selon un sondage d'OpinionWay pour Le Figaro et LCI.
55% des sympathisants socialistes ont trouvé Ségolène Royal la plus convaincante des candidats à l'investiture socialiste lors du débat l'ayant opposée mardi soir à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, selon un sondage d'OpinionWay pour Le Figaro et LCI. — Thomas Coex AFP

Interview de Ségolène Royal, députée des Deux-Sèvres.

Comment jugez-vous le débat télévisé de mardi, avant celui de ce soir au Zénith, devant les militants socialistes de Paris ?

Le débat n'est jamais inutile. Mardi, toutes les questions ont été orientées sur mes propositions. Cela prouve que j'apporte des idées neuves. C'est normal, étant donné que j'ai un devoir d'imagination vis-à-vis des militants socialistes. Il a surtout fallu prendre du temps pour rétablir quelques vérités. Par exemple sur les jurys citoyens.

Justement, pouvez-vous expliquer concrètement ce que sont vos jurys citoyens ?

Une partie du peuple est en colère. Il n'a plus confiance. Ne croit plus en la parole politique. Je ne veux pas revoir un 21 avril 2002. Il faut donc rénover en profondeur la démocratie. C'est un des éléments de la démocratie participative. La palette est large, elle comprend également les référendums d'initiative populaire, les comptes rendus de mandats municipaux. Beaucoup de maires organisent déjà des jurys citoyens. Ils tirent au sort sur les listes électorales des citoyens, pour les faire venir dans les débats publics, là où généralement ces gens ne vont jamais. D'autres maires font parfois rédiger les bulletins municipaux par des citoyens, et les résultats sont toujours différents et novateurs. On retrouve un mélange de catégories sociales. On peut avoir un Rmiste, un ingénieur, des gens qui ne se connaissent pas et que l'on fait travailler en étant accompagnés par des élus et des experts sur un même sujet. Il en émerge une sorte de richesse humaine spontanée.

Vous proposez la présence de citoyens au Conseil des ministres...

Je propose que sur de grands sujets nationaux, on organise en amont des jurys citoyens pour que le peuple donne son avis, avant l'examen de ces sujets en Conseil des ministres. Si on avait testé le CPE par un jury de 150 jeunes, on aurait vu très rapidement que cette réforme n'allait jamais être acceptée par les Français.

Quel poids auraient ces jurys ? Leurs avis devraient-ils forcément être suivis par les députés ou les ministres ?

Le dernier mot restera toujours au politique. Il n'est pas question de surveiller ou de destituer qui que ce soit. Simplement, avec les jurys citoyens, l'avis du public aura été donné. C'est la puissance démultipliée de la femme ou de l'homme public. Les gens ne s'intéressent à la politique que si la politique s'intéresse à eux. On n'est jamais déçu avec la démocratie participative. Peut-être le mot jury a-t-il fait peur, par référence au jury d'assises. Mais je pense qu'il ne faut pas reculer sur ce point. Il y a bien des jurys de prix littéraires, et chaque matin à la radio, les auditeurs forment des jurys de citoyens très intéressants. J'y ai rarement entendu de bêtises.

Vous estimez que le projet socialiste n'est pas le Petit livre rouge. Vous ne comptez pas le suivre à la lettre ?

Il n'y a pas un seul point du projet socialiste avec lequel je ne sois pas d'accord. Notre projet reprend les grandes valeurs auxquelles sont attachés tous les socialistes : l'égalité, le développement durable, l'éducation, la paix dans le monde... Mais cela ne veut pas dire par ailleurs que tout ce qui n'est pas dans le projet est à rejeter automatiquement.

Vous désirez notamment que tous les salariés adhèrent à un syndicat. C'est une proposition qui tranche !

Ce serait effectivement révolutionnaire. Si la France veut être un pays moderne, qui règle les conflits en amont, qui prévient les grèves et assure une égale répartition des fruits de l'entreprise entre le capital et le travail, il faut que les syndicats soient davantage représentatifs. Pourquoi ne pas proposer à chaque salarié qui signe un contrat de travail d'adhérer à un syndicat ? Ou alors la solution du chèque syndical, dont la cotisation est prise en charge par l'Etat.

Si vous étiez élue, votre gouvernement ne compterait-il aucun ancien ministre socialiste et assurerait-il une parité totale homme-femme, comme on l'entend parfois ?

Je n'ai jamais dit cela. Je m'interdis de me prononcer sur la question du prochain gouvernement, par morale publique, puisque la désignation du candidat socialiste n'a pas encore eu lieu. Mais sachez que je ne négocie rien avec personne et que je ne promets aucune place. J'attends que les électeurs se prononcent.

Recueilli par Stéphane Colineau et Bastien Bonnefous

« Si on avait testé le CPE par un jury citoyen, il ne serait jamais passé. » « Il n'y a pas un seul point du projet socialiste avec lequel je ne sois pas d'accord. »