«Le dernier service public présent 24h/24»

©2006 20 minutes

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« Notre préoccupation première quand on intervient désormais dans les quartiers, c'est de nous protéger nous-mêmes. » Pierre* est policier à la BAC (brigade anticriminalité) depuis plusieurs années dans le 93. Pour lui, le climat avec « certains jeunes » s'est nettement détérioré depuis les émeutes de 2005. « A chaque fois qu'on vient, quelle que soit la raison – des violences, un différend familial ou même un PV –, il y a toujours une vingtaine de jeunes autour de nous. Pas forcément agressifs, mais ils attendent une réaction de notre part, et alors tout est possible. »

Pour ce policier d'expérience, si « ça se passe très bien avec la grande majorité des jeunes en banlieue », pour quelques délinquants, « le nouveau jeu consiste à casser, voire un jour à tuer un flic ». Un sentiment partagé par Patrice, autre policier de la BAC en Seine-Saint-Denis. « Pour ces jeunes, l'affrontement avec la police est devenu un moyen de s'affirmer dans leur cité. Beaucoup cherchent à se faire tirer dessus avec les flash-balls, c'est un nouveau brevet de courage », explique ce fonctionnaire, qui note aussi une « montée de la consommation de cocaïne, moins chère qu'avant et qui atténue la peur du risque ».

Pourquoi prendre la police comme cible ? « Parce que nous sommes le dernier service public présent dans les cités 24 heures sur 24, répond Pierre. Nous sommes la dernière autorité après l'échec des parents, de l'école et de l'emploi. » D'où le besoin d'une réponse globale selon Patrice. « Le tout sécuritaire est voué à l'échec, la société tout entière doit s'engager, parents, école, élus, patrons... Sinon, le dialogue de sourds entre policiers et délinquants continuera. »

B. Bonnefous

* Les prénoms ont été modifiés.