Guy Burgel : «Vérifier l'insertion des jeunes sur le marché du travail»

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Interview de Guy Burgel, professeur à Paris X-Nanterre et auteur de L'Université, une misère française (Hachette).

Pensez-vous que les mesures préconisées par le rapport Hetzel peuvent sauver l'université française ?

On prend le problème à l'envers. L'échec à l'université est d'abord une conséquence de l'inaptitude des étudiants de premier cycle à suivre l'enseignement supérieur. Lorsque les apprentissages de base n'ont pas été assimilés par un jeune, ce qui est enseigné à l'université lui passe au-dessus de la tête.

N'est-ce pas une bonne idée de favoriser les liens avec les entreprises ?

Je crains que les mesures proposées ne poussent à une spécialisation prématurée des étudiants. C'est une idée farfelue de vouloir orienter les jeunes trop tôt. Les stages sont utiles en fin du cursus. Jusqu'en licence, il s'agit surtout de recevoir un enseignement général.

Alors que faire ?

On ne peut tolérer que l'université forme des chômeurs. Pour y remédier, il faut plus de moyens, financiers, pédagogiques et intellectuels.

Une partie de ces moyens devrait d'ailleurs être attribuée selon les performances des filières...

Si cela peut permettre d'évaluer en aval l'efficacité du système pédagogique, j'y suis favorable. En contrepartie, on pourrait accorder plus d'autonomie aux universités. Qu'elles utilisent les moyens pédagogiques qu'elles veulent. Tant qu'on vérifie ensuite qu'il y a insertion des jeunes sur le marché du travail, c'est très bien.

Etes-vous optimiste quant à l'avenir ?

Il faudra des mesures pour soigner les maux dont nous souffrons. Mais nous avons raison de nous pencher sur l'enseignement. Une nation se valorise par son investissement dans la jeunesse.

Recueilli par M.-C. A.