Des parents refusent de laisser traîner leur fils

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En novembre 2005, les regards s'étaient tournés vers les parents, accusés d'être démissionnaires. « En un an, je n'ai pas observé de changement, estime Patrizio Ballirano, responsable d'un club de prévention à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Ni dans les comportements des jeunes, qui traînent autant dans les rues, ni dans les règles fixées par les parents. » En somme, les familles n'auraient pas retrouvé un peu d'autorité depuis les émeutes ?

« Il faut nuancer, répond Maryse Radojcic, la chef de projet de la Maison des parents de La Courneuve. Certains parents de jeunes dont c'étaient les premiers faits d'armes ont imposé de nouvelles règles, comme “tu rentres après l'école sans traîner”. Et ces ados sont plutôt rentrés dans le rang. Quant aux parents des émeutiers “grands délinquants”, la plupart en avaient déjà perdu le contrôle, et ils n'ont pas repris les choses en main depuis, alors que les jeunes vivent encore sous leur toit. »

Dans les rues de La Courneuve, certains parents disent en revanche avoir « resserré les boulons » sur les plus jeunes. A l'image du père de Salaheddine, dix ans. « Aujourd'hui, je suis encore plus vigilant. Je lui charge tellement ses journées qu'il n'a plus le temps de faire des bêtises. A la rentrée, je l'ai inscrit à la boxe et au kung-fu. Mon autorité sur lui, c'est à la fois pour le protéger, et pour protéger les autres » explique-t-il, sa main d'ancien champion de boxe posée sur l'épaule de son fils. Ferme et protectrice à la fois. Même discours chez Faouzi, 22 ans. « Depuis un an, les parents conseillent plus fortement les petits. A chaque fois qu'on voit des violences à la télé, ils expliquent que ces jeunes-là, c'est pas des modèles à suivre », témoigne le jeune homme, en djellaba blanche, jour de l'Aïd-el-Fitr oblige. « En fait, même s'ils n'arrivent toujours pas à trouver le bon moyen d'imposer leur autorité, les parents n'ont pas pour autant démissionné », tranche Patrizio.

Laure de Charette

A Orléans, la mairie vient de réactiver l'opération « Parents-relais », lancée pendant les émeutes. Les parents allant discuter la nuit avec les jeunes, la délinquance a baissé de 10 à 30 % selon les quartiers.