Dans les écoles, la vie a repris son cours, malgré la peur

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« L'école de la République » avait été particulièrement maltraitée durant les émeutes. Des dizaines d'établissements avaient flambé. Un an après, si les locaux ont été rénovés, la peur subsiste. Pierre, enseignant dans un lycée de Drancy (Seine-Saint-Denis), se souvient d'« un retour en classe tendu, les esprits échauffés », puis le « calme » revenu en quelques semaines. « On en a beaucoup parlé en classe », ajoute-t-il. Aujourd'hui, la situation n'est « ni pire ni mieux qu'avant. Le rapport des élèves à l'autorité n'a pas changé, on arrive à se faire respecter. » Il se demande juste s'il y « aura beaucoup d'élèves en classe pendant l'anniversaire ». Une date particulièrement redoutée par ceux qui avaient été la cible de ces incendies.

A Brétigny-sur-Orge (Essonne), qui avait vu deux écoles flamber, Claudine de Monestrol, directrice de la maternelle Joliot-Curie, se rappelle le « sentiment de désastre, d'injustice » et avoue que « cette date anniversaire est douloureuse. Avec les collègues, on ne peut pas s'empêcher d'y penser. » « Pourvu qu'on en reste là », soupire-t-elle. Tout le préau avait été détruit. Les élèves ont dû s'en passer jusqu'à cet été, où des travaux ont été réalisés. A quelques centaines de mètres, l'école Jean-Lurçat avait subi le même sort. La cafétéria ayant été détruite, les cent quarante-cinq élèves avaient dû se restaurer toute l'année dans l'école voisine. Pierre Vallée, son directeur, ne veut pas tomber dans la psychose. « J'ai trouvé dommage qu'on s'en prenne à l'école, mais je ne me suis pas dit que ça nous est arrivé parce qu'elle est le symbole de la République. C'était juste à cause de la contagion. On nous a choisis parce que nous sommes isolés, et pas parce que l'on nous en voulait. »

Magali Gruet