François Pupponi : "Vers un affrontement entre CRS et jeunes"

— 

Interview de François Pupponi, maire PS de Sarcelles

Quels sont les outils à disposition des maires pour agir dans les quartiers dit sensibles ?

Il y a eu trois choses : la réforme de la Dotation de solidarité urbaine, le plan « ambition réussite » dans l’éducation et la création de l’Agence nationale de rénovation urbaine. Mais tout cela est très long à mettre en place. Tout le monde n’a pas bénéficié de ces nouveaux dispositifs, certains devaient venir en plus, mais ils sont venus à la place. Quand on met en place une nouvelle politique urbaine, il faudrait maintenir la précédente temporairement pour faire le lien. Sinon, cela casse la dynamique dans ces quartiers où l’on besoin de pérennité et de persévérance. Les contrats de villes qui sont remplacés par les Contrats urbains de cohésion sociale, s’arrêtent à la fin de l’année et rien n’a été négocié. Certaines associations qui ont des actions d’alphabétisation sont en train de licencier car elles n’ont plus d’argent.

La discrimination est-elle moins présente ?

Ce ne sont pas quelques opérations médiatiques qui vont faire baisser le chômage, même si on a senti un frémissement du côté des grandes entreprises. Mais nous sommes toujours à un taux de chômage de 30% pour les moins de 25 ans. Alors que nous sommes dans une zone qui crée des emplois, mais ceux-ci ne bénéficient pas aux jeunes de Sarcelles. Pour certains, il s’agit d’un problème de formation mais une grande majorité de jeunes sont aptes à avoir un emploi et ceux-là sont victimes de discrimination. Ceux qui sont en situation d’échec, il faut les accompagner mais cela demande des moyens financiers.

Pour faire face aux problèmes de sécurité, les moyens vous semblent suffisants ?

On nous a alloué des CRS dont les procédures et le fonctionnement ne sont pas vraiment adaptés. Ils assurent de la présence, font beaucoup de contrôles routiers ce qui est important, mais peut-être pas le plus essentiel dans les quartiers. Il nous manque des policiers qui connaissent bien ces territoires. Pour ma part, je suis inquiet des tensions actuelles entre les jeunes et la police. On va vers un affrontement.

Propos recueillis par David Carzon