Claude Dilain : "un piège à parler des banlieues à travers le nombre idéal de policiers"

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Interview de Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois

La question des transports est primordiale. Clichy-sous-Bois est-elle en voie de désenclavement ?

Depuis plusieurs années, on demande que le tramway arrive jusqu’à Clichy. Le dossier a été accepté par tout le monde, le dossier est considéré comme prioritaire. Mais aujourd’hui, il est bloqué pour un problème administratif. Pour moi, ce dossier est un test pour savoir si les politiques ont vraiment la volonté de s’occuper des banlieues.

On vous avait promis un commissariat et vous ne l’avez toujours pas…

Je n’ai aucune preuve que cette promesse ne sera pas tenue. Mais je n’ai aucun élément pour dire quand il doit arriver. Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que si les effectifs sont insuffisants, il faut aussi se méfier de cette façon de voir les choses. Il y a un piège à parler des banlieues à travers le nombre idéal de policiers. Comme cette question ne dépendait que des policiers et des magistrats. Le problème des banlieues reste un problème politique. La police ne peut rien pour les problèmes économiques et sociaux.
Les nouveaux moyens donnés par l’Etat en matière d’éducation vous semblent satisfaisants ?

Nous avons trois collèges « ambition réussite » et une partie du lycée est associée à l’initiative de Richard Descoing, le directeur de Sciences-Po, qui permet d’ouvrir les grandes écoles à la banlieue. Je suis favorable à tout cela. Les enseignants sont plus perplexes mais nous jugerons sur les actes.

La situation de l’emploi s’est-elle améliorée ?

Comme avant, il n’y a pas eu de modification fondamentale. Mais les émeutes n’ont rien déclenché sur ce point. Par contre, il y a eu un changement important. La discrimination s’est accentuée dans les entretiens d’embauche pour les jeunes de Clichy. Il y une stigmatisation très forte. En revanche, ce sont les grandes entreprises qui sont venues donner l’exemple. Et elles ont été surprises par la qualité des CV de ces jeunes. Cela s’est traduit par des contrats aidés et des CDI. Mais nous avons encore beaucoup de difficultés avec une population mal formée et en échec scolaire.

Le dispositif du CV anonymes a été abandonné. Cela aurait pu vous aider ?

Non, je n’y étais pas favorable. On ne doit pas avoir honte de la couleur de sa peau ou de son adresse. Il faut lutter contre ça.

Les jeunes de Clichy vous semblent un peu entendus qu’avant ?

Non et je vais vous donner deux exemples. J’ai organisé une exposition photo « Clichy sans cliché » avec douze des plus grands photographes du monde. Un seul d’entre eux aurait mérité la visite du ministre de la Culture. Là, il y en avait douze. J’ai invité le président de la République, le ministre de l’Emploi et de la Cohésion Sociale, le ministre de la Culture… Personne n’a daigné venir. Second exemple : les jeunes de l’association AC le Feu ont fait le tour de France pour recueillir 20 000 doléances pour améliorer la vie dans les banlieues. Ils ont voulu les remettre à Jean-Louis Debré, le président de l’Assemblée nationale mais celui-ci ne les a pas reçus. Il leur a dit de remettre leurs doléances au policier qui faisait le planton. C’est inacceptable.

Propos recueillis par David Carzon