Hassan Ben M'Barek : "Les 100 millions d’euros promis par l’Etat ont surtout profité aux grands réseaux"

— 

Interview de Hassan Ben M'Barek, président du collectif Banlieues Respect

Pourquoi demandez-vous un débat parlementaire sur l’attribution des aides aux associations et aux collectivités après les émeutes de novembre ?

Les 100 millions d’euros promis par l’Etat aux associations ont surtout profité aux grands réseaux associatifs nationaux, et pas aux associations de terrain avec des gens issus de ces quartiers qui ont fait leur preuve. Les Français ont le droit de savoir où est allé cet argent. Il faut un débat parlementaire sur l’utilisation de ces fonds, et plus largement sur l’impact des politiques de la ville dans les quartiers en zones urbaines sensibles.

Vous y voyez une forme de méfiance ?

Il est surprenant que ces associations ayant réalisé depuis plusieurs années de nombreuses actions citoyennes, ne soient pas soutenues, c’est une forme de suspicion de la part des décideurs à l’égard de ces associations composées uniquement de gens du terrain et d’origine extra-européenne. Au sein de notre collectif qui regroupe 165 structures, seules trois d’entre elles ont touché de l’argent. Pourtant, avec l’inflation des structures associatives, le bon sens voudrait qu’on fasse appel à celles qui travaillent depuis longtemps sur le terrain.

Quelle serait une des premières actions à prendre selon vous ?

Il faut faire passer un projet de loi pour une inscription automatique sur les listes électorales. Nous avons fait cette demande auprès du ministre de l’Intérieur qui ne nous a jamais répondu. Aujourd’hui, 2 à 3 millions de personnes ne sont pas inscrites et une majorité d’entre elles sont issues des quartiers défavorisés. Mais cela introduirait 8% de nouveaux électeurs et je comprends que la classe politique ne veuille pas chambouler les équilibres actuels.

Les objectifs de rénovation urbaine peuvent-ils être atteints ?

Les différentes politiques de la ville ont été faites autour de deux principes. D’abord, la dédensification des quartiers a provoqué la destruction de nombreuses tours. Ce n’est pas une mauvaise chose bien sûr. Ensuite, l’amélioration de l’accessibilité des quartiers au reste de la ville par la recherche de transports en commun en site propre. Cela a généré d’importants flux financiers. Le problème, c’est qu’à côté, on a laissé des miettes aux associations de terrain, sauf celles qui ont pu faire allégeance avec les élus locaux. Toutes les autres structures ont été marginalisées, et sans actions elles n’ont aucune visibilité. La mise en place d’une forme de précarité pour les gens du tissu associatif les pousse à abandonner le terrain.

Propos recueillis par David Carzon