Louis Chauvel : «Leur horizon semble bouché »

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Louis Chauvel

Sociologue, auteur de Les classes moyennes à la dérive (Seuil-République des idées).

Dans votre livre, vous parlez d'un sentiment d'angoisse pour les classes moyennes. Mais qui appartient vraiment à cette classe ?

Selon les définitions, on peut passer de 5 % à 80 % de la population. On y retrouve autant le haut de la classe ouvrière et des employés qu'un couple d'avocats parisiens. Objectivement, ce couple appartient aux 2 % privilégiés de la société. Mais s'il vit à Paris avec des enfants, leur confort devient relatif.

Pourquoi les classes moyennes sont-elles en crise ?

Pour la génération née jusqu'au début des années 1950, il y avait une vision optimiste de l'avenir. On pouvait réussir avec seulement le bac, et parfois même sans. D'où que l'on vienne. A présent, l'horizon semble bouché. Il est devenu beaucoup plus difficile de vivre uniquement des revenus de son travail. Il faut aussi compter sur son patrimoine si l'on veut conserver son niveau de vie.

Que faites-vous de la solidarité familiale ?

A moyen terme, elle permet d'amortir les difficultés matérielles. Mais elle conduit aussi les jeunes à accepter des salaires trop bas.

Que faire pour rendre confiance aux classes moyennes ?

Certaines mesures à prendre peuvent paraître très à droite, et d'autres très à gauche. Mais la solution n'est pas seulement politique. Il y a une prise de conscience collective. Les réponses viendront de la société.

Recueilli par Edouard Lederer

Selon Chauvel, les statistiques sont trompeuses. Certains chiffres montrent que les inégalités de revenus ne se sont pas creusées en France entre 1984 et 2003. Mais ils n'intègrent pas les revenus de la propriété.