Les Français insensibles au rêve européen

©2006 20 minutes

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Et si l'Europe se dotait d'un président élu au suffrage universel ? D'une armée commune ? D'une police ? Si cela vous fait rêver, sachez que vous êtes un peu seul. Le sondage réalisé par LH2 pour la nouvelle vague du Manifeste 20 Minutes-RMC révèle le peu d'entrain des Français à s'imaginer un avenir au-delà de leurs frontières. « Il y a très peu de désir d'Europe », constate François Miquet-Marty, directeur des études politiques de LH2.

Elément fondateur, 58 % des sondés déclarent se sentir « plus français qu'européens ». Un chiffre constant depuis 1992 et les premières enquêtes menées par la Commission européenne, en dépit de quatorze années marquées par le passage à l'euro et de l'adoption de plusieurs traités.

Deuxième élément, le désintérêt pour des institutions régaliennes européennes, qui suscitent pourtant beaucoup d'adhésion quand elles concernent l'Hexagone. Seuls 14 % des Français jugent prioritaire l'élection d'un président, 15 % une armée commune, 18 % une police européenne. Alors qu'un code du travail européen, probable rempart contre le fameux « plombier polonais » à bas coût, est souhaité par plus d'un Français sur deux.

Dernière illustration, le rejet de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne : 58 % des sondés sont pour, 28 % contre. « Cela montre bien qu'il n'y a pas de désir d'élargissement », estime François Miquet-Marty. A cela s'ajoutent, pour le cas particulier de la Turquie, « des différences culturelles perçues et les questions des droits civiques et du génocide arménien ».

Seul facteur réconfortant pour les europhiles, le fossé observé entre jeunes et anciens. Les 18-24 ans sont 45 % à se sentir aussi français qu'européens (contre 25 % des 50-64 ans). « Il y a deux France. Les jeunes ressentent bien plus l'Europe comme une évidence », en conclut le politologue, dont l'analyse diverge de celle de Nicolas Dupont-Aignan (lire ci- dessous).

Reste un constat partagé. Les Français, comme ils l'ont fait savoir en rejetant le projet de traité constitutionnel, peinent à voir le visage concret de l'Europe se dessiner. La commission de Bruxelles, en mal de crédibilité, a du pain sur la planche.

Stéphane Colineau