Yves Michaud : «Je le vois mettre en place les pièces d'un puzzle, comme en 2001»

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Interview d'Yves Michaud, auteur de Chirac dans le texte (Stock) et de Précis de recomposition politique (Climats).

Sur quels éléments vous basez-vous pour dire que Jacques Chirac est en train de préparer sa candidature ?

Je le vois mettre en place les pièces d'un puzzle. Il reprend ses thèmes de 2000-2001. D'abord, il joue sur sa stature internationale, qui est son principal atout aux yeux des Français. Il a annoncé la tenue au premier trimestre 2007 d'une conférence de paix sur l'Irak, d'une conférence mondiale sur l'environnement à Paris, et d'une conférence sur le Moyen-Orient, toujours à Paris. En politique intérieure, il met en place des mesures « Père Noël » : le chèque-transports, l'augmentation de la prime pour l'emploi, la baisse d'impôts qui, comme par hasard, va concerner le premier tiers provisionnel. Il y a aussi le dégel des pensions des anciens combattants issus des colonies. Tout cela est vraiment curieux, ça tombe trop à point.

Vous ne croyez pas que cette fois, il a envie de laisser tomber ?

Beaucoup d'hommes politiques rêvent de mourir au pouvoir. Il n'est bon qu'à ça, il ne sait faire que ça. Il est drogué au pouvoir.

Son entrée en campagne est tout de même discrète...

Mais il commence toujours ses campagnes en douce. Personne ne le voit venir. Chirac tire avantage soit de ne pas être crédible, soit de ne pas être visible. En 2002 il n'est pas crédible et il gagne. Je suis très étonné de voir que les gens qui raisonnent sur la situation politique française occultent le cas Chirac. On considère qu'il a déjà quitté le jeu. Moi, je n'en suis pas du tout sûr !

Ça l'arrange ?

Oui, ça l'arrange fondamentalement. La conviction de Chirac, c'est qu'une campagne électorale se fait et se gagne en deux mois. Il y a tout intérêt, compte tenu de son âge et pour prendre ses adversaires par surprise.

Ne faut-il pas considérer que son accident vasculaire l'a disqualifié ?

Non. Pour ses adversaires c'est très difficile de lui reprocher son état de santé ou son âge. En 1988, on a bien élu un président mourant. La question est plutôt de savoir si les médecins pourront le remettre en état pour deux mois de campagne.

Par rapport au calendrier de l'UMP, comment pourrait-il se comporter ?

Si Sarkozy est désigné candidat de l'UMP à la mi-janvier, Chirac peut très bien annoncer sa candidature dix ou quinze jours après. Il peut faire exploser l'UMP du jour au lendemain en annonçant le ralliement de cent députés. Il l'a déjà fait en 1974 contre Chaban-Delmas. Je pense que Sarkozy a très peur d'une candidature Chirac et qu'il est en train de désorganiser sa propre campagne.

Des supporteurs de Chirac disent qu'il a un socle de 15-16 %...

C'est vrai. Chirac a compris qu'il n'y a pas besoin de faire plus de 16 % au premier tour pour être au second.

Pensez-vous qu'il peut gagner ?

Il le peut, si ses adversaires ne se préparent pas à sa candidature. Chirac sera très difficile à combattre sur une campagne courte. Les Français n'aiment pas la rupture, et si quelqu'un peut leur garantir qu'il y a aura une continuité, c'est bien lui.

Recueilli par Mickaël Bosredon et Stéphane Colineau

« Il commence ses campagnes en douce. Personne ne le voit venir. »