Le délicat retour à la vie après des années de secte

Vincent Vantighem

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Magali Breux a subi une longue dépression après avoir fui la secte de sa mère.
Magali Breux a subi une longue dépression après avoir fui la secte de sa mère. — MB

Cela faisait dix ans que Paul n'avait plus de contact avec sa femme et ses deux filles. Et puis, fin janvier, il a reçu un courrier. « Trois lignes et demie, décrit-il. Elles m'annonçaient avoir quitté la secte et demandaient mon pardon. Depuis, on réapprend à se connaître. » Et cela peut prendre du temps. « Plus l'embrigadement a duré, plus la sortie peut être difficile », explique Catherine Picard, présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Unadfi). Soutien psychologique, social, aide au logement : chaque année, sa structure prend en charge quelque 300 personnes qui sortent de sectes.

« Ma femme a peur de voir du monde »


Paul a bénéficié de ses conseils. Depuis 2003, son épouse était « l'esclave domestique » de la gourou d'Amour et Miséricorde. Installée dans la banlieue dijonnaise, cette « voyante » prétend bénéficier de l'apparition de la Vierge, le 15 de chaque mois, à 0 h 06. « Aujourd'hui, ma femme a peur de voir du monde, peur du jugement », lâche Paul. Après avoir servi la cause de la secte, sa première décision a été de mettre sa foi au service des autres. « Nous sommes partis à Lourdes aider les malades, poursuit Paul. Mes deux filles, elles, ont plus de mal à reprendre pied. »

Magali Breux en sait quelque chose. Fille de la gourou d'Amour et Miséricorde, elle a fui sa mère il y a six ans. « La première année n'a été qu'une longue dépression, confie-t-elle. Dans ces cas-là, il ne faut pas poser de questions. » Et laisser le temps faire son effet. « Mais quand on a passé dix ans à lire des mantras, c'est dur d'apprendre à s'installer devant la télé », enchaîne Catherine Picard. D'autant que certains sortants de sectes sont parfois atteints du syndrome de Stockholm. « Mon épouse se demande encore si elle a pris la bonne décision, constate Paul. Il faut sans cesse la rassurer. » Il pourra bientôt le faire quotidiennement. Sa femme vient d'accepter de revenir vivre avec lui.

■ Abris temporaires

Serge Blisko, le président de la Mission de vigilance contre les dérives sectaires (Miviludes), envisage la création « d'abris temporaires » pour accueillir les sortants de sectes, a-t-il confié à 20 Minutes. « Cela leur permettrait de reprendre pied et d'éviter de subir les pressions des gourous qu'ils quittent. »