"Une mise en examen de la mère peut être bénéfique"

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Interview du Dr. Blanche Massari, pédopsychiatre, auteur l’étude « Déni de grossesse » (Perspectives psychiatriques), responsable de l’unité mère-bébé, du service de psychiatrie du centre hospitalier intercommunal de Créteil.

Qu’est-ce que le déni de grossesse ?
C’est lorsqu’une femme est enceinte sans en être consciente. Le déni peut être partiel, avec découverte de son état au bout de quelques mois, ou total. Dans ce dernier cas, le femme ne développe pas les signes d’une grossesse : elles n’ont pas la nausée, certaines ne prennent pas un gramme et accouchent seules chez elles. Lorsqu’une grossesse en cours est révélée, lors d’une visite chez le gynécologue par exemple, elles peuvent prendre soudain tout le poids qu’elles auraient dû prendre. Ce trouble touche toutes les catégories de femmes.

Dans le cas des époux Courjault, peut-on parler de déni de grossesse ?
Il est possible que nous soyons en présence d’un cas de déni avec un accouchement solitaire. J’ai souvent vu des bébés naître avec un poids normal. Néanmoins, les jumeaux évoqués dans cette affaire ont un poids ahurissant qui me conduit à penser que la dissimulation de grossesse a succédé au déni. Quant au père, il est possible qu’il soit sincère : le déni est souvent « contagieux » et se propage aux proches.

Ce trouble conduit-il toujours à l’infanticide ?
Non pas toujours. Certaines mères, découvrant leur état le jour de leur accouchement, accepte leur enfant du jour au lendemain. C’est un apprentissage en accéléré. J’ai suivi une femme qui avait vécu trois dénis de grossesse de suite, cela ne l’a pas empêché d’être une mère aimante. Certaines femmes développent même ce déni pour protéger leur bébé contre leur absence de désir d’enfant, le déni empêchant un avortement. D’autres, au contraire, paniquent face à cet évènement inattendu et sont capables de choses hors du commun.

Le déni de grossesse est-il reconnu devant les tribunaux ?
Oui, depuis peu. Généralement, les femmes voient leur peine réduite à la durée de leur rétention préventive. J’ai observé qu’une mise en examen de la mère pouvait être bénéfique car elle la ramène dans la réalité. Là où un non lieu n’est pas satisfaisant, car équivalant à les considérer comme folle, une mise en examen prend en compte leur trouble et permet un retour à la réalité.

Recueilli par Sandrine Cochard