François Bayrou : «Le peuple, le tiers état d’aujourd’hui, exige d’être entendu»

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François Bayrou, président de l'UDF.

Vous affirmez que le pouvoir est «confisqué». Par qui?

Au sommet, il est confisqué par le pouvoir politique –tantôt UMP, tantôt PS –, le pouvoir économique et le pouvoir médiatique,qui forment une forteresse. Celui qui la tient, tient tout. Une démocratie, normalement, c’est un équilibre. Il y a des gouvernants, et en face des contre-pouvoirs. En France, pas de contre-pouvoirs. Le Parlement est tenu pour quantité négligeable. Toutes les nominations sont celles des plus proches, copains ou partisans déclarés. Le monde des puissants est fermé sur lui-même : venus des mêmes milieux, des mêmes écoles, ils parlent la même langue et les Français «debase» n’ont pas leur place dans cet univers.

Vous dites que les Français sont écartés. Vous pouvez nous donner un exemple ?

UMP et PS, au premier tour de la dernière élection présidentielle, ont fait ensemble 35 % des voix. Ils ont 90%des sièges àl’Assemblée. Et ce Parlement n’a eu son mot à dire ni sur la privatisation des autoroutes ni sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Il n’a même pas été consulté.

Selon vous, « les moyens de l’Etat sont allégrement confondus avec les moyens privés des gouvernants.» Pouvez-vous justifier ces graves allégations ?

Tous les jours, on voit une campagne présidentielle menée avec les moyens de l’Etat sans rappel à l’ordre.

 Nicolas Sarkozy ministre et quasi-candidat, cela vous choque ?

Non. Ce qui me choque,c’est que les moyens du gouvernement sont utilisés sans contrôle dans une action partisane. L’Etat de droit ne devrait pas le permettre. De même que les opérations coup de poing au petit matin ne devraient pas être exposées à des nuées de caméras. La démocratie spectacle, ce n’est pas l’Etat respecté.

Vous mettez en garde contre l’impatience des Français, avec des références révolutionnaires.

Les révolutions ne font plus de barricades. Mais il y a un orage qui tourne dans l’air. On l’a vu avec les banlieues. On l’a vu au moment du référendum. On l’a vu le 21 avril.

Vous prônez donc une « révolution civique ».

Je suis pour une vraie démocratie. Tous les courants du pays représentés à l’Assemblée nationale, un
Parlement doté de vrais pouvoirs, un élargissement du référendum, l’implication des citoyens. Le peuple français, le tiers état d’aujourd’hui, exige
d’être informé et entendu. Ce peuple ne veut plus se laisser faire. Il ne se résume pas aux magazines people. C’est aussi le peuple d’Internet. Un peuple responsable qui va chercher lui-même ses informations et veut peser sur le débat et la décision.

La révolution n’est pas dans la culture centriste…

Le centre, c’est le peuple qui veut êtrepris au sérieux sans démagogie, sans flatter les bas instincts, sans qu’on lui jette des boucs émissaires.

Vous regrettez que tous les milieux sociaux ne soient pas représentés à l’Assemblée. Mais êtes-vous plus vertueux que les autres à l’UDF ?

La vertu n’a rien à faire là dedans. Nos élus viennent de tous les milieux, fils de berger, de maçon, d’ouvrier, de paysans aussi bien que d’intellectuels. Mais ce n’est pas assez. L’enjeu, c’est de représenter la diversité des Français, aujourd’hui tenue à l’écart, les femmes, les non-fonctionnaires, les jeunes, les Français venus d’ailleurs. Pour cela il faut des règles nouvelles.

Quand les Français veulent protester ce n’est pas vers le centre qu’ils se tournent…

Chaque fois qu’ils se tournent vers les extrêmes ils renforcent le pouvoir en place. Ils vont donc chercher des chemins nouveaux, ils vont créer des surprises. C’est cequi fait respirer l’histoire.

Recueilli par S. Colineau