Stéphane Breitwieser : «Mon Dieu, à 25 ans, j'ai un Bruegel»

©2006 20 minutes

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Stéphane Breitwieser

Auteur de Confessions d'un voleur d'art (Ed. Anne Carrière).

Vous avez volé plus de trois cents oeuvres dans des musées partout en Europe entre 1994 et 2001, pour une valeur estimée à 10 millions d'euros. C'est ahurissant...

Quand j'y repense, c'est complètement fou. J'ai volé d'abord par immaturité, puis j'ai continué par égoïsme. Posséder une oeuvre était un sentiment de puissance incroyable. Je me disais : « Mon Dieu, j'ai 25 ou 26 ans et je possède un Bruegel, un Cranach. »

La sécurité dans les musées semble plus que défaillante...

Depuis que je suis libre, j'ai visité un seul musée à Strasbourg. Je me suis retrouvé face à un Cranach, j'aurais pu le voler en trente secondes. Rien n'a changé. C'est plus dur de voler dans un hypermarché que dans un musée.

Après votre arrestation en 2001, votre mère a jeté des centaines d'oeuvres dans le Rhin. Plusieurs ont été repêchées, mais beaucoup ont disparu. En avez-vous parlé avec elle ?

J'ai essayé, mais elle refuse d'en parler, elle veut oublier. C'est un immense gâchis et je demande pardon à tous les amateurs d'art pour ces oeuvres disparues.

On vous accuse aussi d'avoir volé un tableau de Corot au Louvre ?

Ce vol, ce n'est pas moi. Je m'en suis accusé dans une lettre au juge quand j'étais en prison pour jouer avec les enquêteurs. Mais je n'ai pas de trésor caché. Je vis du RMI. Le vol, c'est fini. Je veux qu'on me laisse tranquille maintenant.

Mais en juin, vous avez été pris pour le vol de 900 euros de vêtements à Orly ?

J'ai craqué, c'est une connerie. J'ai voulu faire un cadeau à ma copine. Il n'y avait ni antivol ni caméra dans le magasin. Ça m'est monté à la tête. Je me sens minable. Je ne veux pas retourner en prison. J'ai décidé d'être suivi par un psychiatre pour me soigner. Recueilli par B. Bonnefous

Libre depuis un an, Breitwieser a été condamné en 2001 à quatre ans de prison en Suisse, puis à trois ans dont dix mois avec sursis en France.