Retour sur l'affaire Seznec

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La Cour de révision examinera le 5 octobre prochain le dossier Guillaume Seznec qui reste plus de 80 ans après sa condamnation aux travaux forcés l'une des plus grandes énigmes criminelles du 20e siècle, a-t-on appris jeudi auprès de la Cour de cassation.
La Cour de révision examinera le 5 octobre prochain le dossier Guillaume Seznec qui reste plus de 80 ans après sa condamnation aux travaux forcés l'une des plus grandes énigmes criminelles du 20e siècle, a-t-on appris jeudi auprès de la Cour de cassation. — AFP/Archives

Le 25 mai 1923, Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, et Pierre Quemeneur, conseiller général du Finistère, quittent Rennes au petit matin pour se rendre à Paris en Cadillac. Associés depuis plusieurs mois, les deux hommes roulent vers la capitale pour y négocier un contrat de vente d'automobiles américaines qui promet d'être juteux. C'est l'époque des grands trafics de l'après-guerre et Quemeneur se propose de racheter ces voitures un peu partout en Bretagne pour les revendre à prix d'or aux Soviétiques, qui en manquent cruellement.
Mais le voyage vers Paris vire au cauchemar. Connaissant pannes sur pannes, la voiture est à l'agonie. A Houdan (Yvelines), Quemeneur, excédé, décide de prendre un train pour ne pas manquer son rendez-vous parisien avec un certain Gherdi. C'est devant la gare de cette ville que les deux hommes seront vus ensemble pour la dernière fois. Personne, par contre, n’a vu Quemeneur attendre le premier train jusqu’à 3h40 et aucun billet n’aurait été acheté. Officiellement, on le ne reverra jamais. Ni vivant, ni mort.
Guillaume Seznec rentre seul à Morlaix. Le 23 juin 1993, un télégramme de Quemeneur arrive du Havre : « Ne rentrerai que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quéméneur. » Une semaine plus tard, on retrouve ses bagages au Havre, qui renferment une promesse de vente à vil prix d’une propriété au bénéfice de Seznec. Quemeneur ayant disparu depuis un mois, les soupçons se portent rapidement sur le maître de scierie. Une enquête est ouverte, confiée au commissaire Vidal et à son adjoint Bonny. Le 1er juillet 1923, Seznec est arrêté. Une expertise affirme qu’il est l’auteur du télégramme. Il jure n’avoir jamais mis les pieds au Havre. Le 6 juillet, un autre élément le confond : la machine à écrire qui a tapé la promesse de vente, achetée au Havre, est découverte dans sa scierie et le commerçant le désigne comme l’acheteur. Pour les partisans de Seznec, c’est un complot de la police – une employée du vendeur affirmera 70 ans plus tard qu’on lui a demandé de désigner Seznec comme l’acheteur –. Le 4 novembre 1924, Guillaume Seznec, qui a tenté d’acheter des témoignages en sa faveur, est déclaré coupable de l’assassinat de Quémeneur et condamné au bagne de Guyane à perpétuité. Gracié par le général de Gaulle 23 ans plus tard, il rentre en France, le visage émacié. Toujours digne mais brisé, il ne cesse de clamer son innocence. Il mourra le 13 février 1954 des suites d’un accident de la circulation.
En 1989, la Commission de révision, saisie par la fille de Guillaume, entame le réexamen du dossier. Mais après six ans d’enquête, elle rejette la demande en révision. Selon elle, il n’y a rien de nouveau et « aucun doute sur la culpabilité de Seznec ». Le 5 septembre 1996, trois photos prises en 1953 lors de fouilles dans la propriété de Quemeneur sont retrouvées. On y aperçoit un objet qui pourrait être un crâne. Pour les partisans de Seznec, Quemeneur est revenu en Bretagne et a été assassiné chez lui.
Le 30 mars 2001, Marylise Lebranchu, ministre de la Justice, dépose une nouvelle requête en révision. Selon un nouveau témoin, une ancienne résistante, Gherdi, avec laquelle Quemeneur avait rendez-vous à Paris, a dénoncé son réseau de résistance 20 ans plus tard. Or, l’inspecteur Bonny, qui a fait l’enquête en 1923-1924 avec le commissaire Vidal, a été fusillé en 1944 pour ses activités dans la Gestapo française. Son fils révélera qu’à la veille de son exécution, son père lui a avoué avoir « envoyé un innocent au bagne ».
Pour en savoir plus sur l’affaire Seznec :

- Le site de l’association France Justice, qui soutient officiellement Denis Seznec, le petit fils de Guillaume, dans son action en justice.

- Le site d’une association bretonne, qui donne notamment à écouter les chansons du groupe Tri Yann sur l’affaire Seznec.

- Le site du Circle Celtic, qui propose une contre-enquête sur l'Affaire Seznec.