Insultés sur le Web, les profs font face

Matthieu Goar

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Le professeur blogueur @MonsieurLeProf s'astreint à ne pas suivre ses élèves sur Twitter.
Le professeur blogueur @MonsieurLeProf s'astreint à ne pas suivre ses élèves sur Twitter. — CAPTURE D'ECRAN

Samedi, l'Education nationale a annoncé que trois adolescentes ont été exclues définitivement de leur lycée à Limay (Yvelines). La raison ? A la suite d'une rumeur infondée, elles ont insulté leur professeur sur Twitter (« Elle peut crever», pouvait-on lire sur l'un des comptes publics).

1 % des personnels pris à partie


Une affaire qui fait écho à celle du prestigieux lycée Lakanal où, début février, deux élèves ont subi le même sort après s'être exprimés sur Facebook.

De simples cas isolés ? Pas vraiment. D'après une enquête menée par l'Education nationale sur 20 000 personnels, 1 % d'entre eux aurait déjà été pris à partie par des élèves sur les réseaux sociaux.

«Un soir, avec des collègues, on a remonté les fils Twitter de quelques élèves. L'une traitait un professeur de FDP [fils de pute] en citant son nom. Il a porté plainte», se souvient Florian, professeur d'histoire-géographie dans un collège du Val-de-Marne. L'affaire se termine par un rappel à la loi sans exclusion. Mais les profs réunissent les élèves. «Ils se sont étonnés que leur propos soient publics», poursuit ce jeune professeur qui ne s'astreint pas à une surveillance des comptes de ces élèves. «Je n'ai pas envie d'être impudique», explique-t-il, rejoint en cela par @MonsieurLeProf, prof d'anglais des Yvelines très actif sur Internet. Il ne suit pas ses élèves et ne les accepte pas non plus comme amis sur Facebook : «Je ne veux pas les fliquer. Mais il faut qu'ils prennent conscience du fait que les écrits restent.»

Face à ces débordements, les professeurs doivent pour le moment apprendre à gérer seuls, en provoquant des discussions. «Je l'ai convoquée pour qu'elle comprenne sa bêtise et qu'elle l'efface sous 24 heures», témoigne @collierdebarbe, un professeur d'histoire-géographie, à propos d'une élève insultante après un conseil de classe. De son côté, l'Education nationale travaille sur des projets éducatifs, notamment des ateliers sur les réseaux sociaux qui pourraient être mis en place dès la rentrée prochaine.