GDF : les dessous de la bataille à l'Assemblée

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On nous avait promis dix années de débats. Il y en a eu trois semaines. La bataille du projet de loi sur la privatisation de GDF a bien eu lieu, mais pas dans les proportions annoncées. Et c'est l'UMP qui sort vainqueur de ce bras-de-fer avec le vote du texte, hier à l'Assemblée nationale. La majorité a réussi à renverser la vapeur alors que ce projet de loi était rejeté par de nombreux députés UMP avant l'été.

Surtout Dominique de Villepin n'a pas eu à utiliser l'article 49-3, qui permet d'adopter un texte sans débats. Il aurait alors été obligé de faire voter la confiance, et ça, il n'était pas sûr de l'avoir. « Personne ne me croyait quand je disais qu'on pouvait y arriver, confie le député UMP Patrick Ollier, qui a porté ce texte. Nous avons su faire face à cette tentative d'obstruction. » Comment cela a été possible ? « Les socialistes ont dû lâcher, explique un autre élu de la majorité. Leur tactique se retournait contre eux et ils ont compris que nous n'utiliserions pas le 49-3. »

Plusieurs sources confirment qu'il y a bien eu un accord entre la présidence de l'Assemblée et les responsables socialistes pour accélérer les débats et accessoirement « mettre en porte à faux les sarkozystes » qui s'étaient exprimés contre ce projet de loi.

Au bout du compte, est-ce un échec pour le PS ? Le député socialiste François Brottes, qui a mené la fronde dans l'Hémicycle, tempère : « Nous avons eu cent quarante heures de débats, autant que pour les retraites. C'est nous qui avons choisi le tempo et nos actions ont permis de mettre en lumière les problèmes posés par cette privatisation. »

Hervé Mariton, député UMP proche du Premier ministre, n'est pas loin de partager cet avis. Et il met en garde : « Les socialistes ont réussi à instiller leurs critiques dans l'opinion. Nous mettons en avant notre victoire parlementaire, mais ce n'est pas fini. Quand il s'agira de la fusion entre GDF et Suez, il faudra continuer à défendre le projet. Et pour le moment, nous sommes un peu mous. »

David Carzon

Des incidents ont éclaté hier après-midi à Paris entre des manifestants hostiles à la privatisation de GDF et les gendarmes mobiles qui venaient d'arrêter le cortège syndical à quelques centaines de mètres de l'Assemblée nationale. Cette manifestation qui a rassemblé près de 15 000 personnes s'est dispersée vers 15 h. Quant à la grève organisée hier à EDF et GDF contre la privatisation de l'opérateur gazier, elle a été suivie par 23,6 % du personnel.