«Cet atelier a montré aux lycéens qu'ils sont acteurs de leur vie»

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Teddy Barber, 19 ans, en terminale électrotechnique

« Avant cette journée, je pensais que la justice était injuste sur certains points. Maintenant, j'ai l'impression qu'elle essaie de faire au mieux même si, parfois, elle n'y arrive pas. Je pense que la justice fonctionne bien, à certains niveaux. Pour les faits graves, c'est nickel, mais pour les petits délits, c'est à améliorer. Les juges ne prennent pas la peine d'éplucher le dossier à fond. C'est pas normal d'être condamné à un an de prison pour un vol de scooter, quand la même peine est prononcée pour un vol dans un hangar. Mais la justice peut aussi se tromper, l'erreur est humaine ! Elle a droit à l'erreur. Durant cette journée, on a pu exprimer ce qu'on pensait de la justice à des personnes qui veulent en faire leur métier. J'étais sûr qu'on allait apprendre autre chose que ce qu'on lit dans la presse, qui divulgue parfois trop d'informations. En général, les journalistes transforment ou exagèrent ce qui est dit à propos d'une affaire. Et après, la justice doit s'en soucier, alors qu'elle doit déjà s'occuper des accusés. Elle doit penser à plusieurs choses à la fois et ça peut la ralentir. »

Anissa Jalade, 25 ans, auditrice à l'ENM

« C'est la première fois qu'on intervient auprès des élèves et j'ai trouvé ça passionnant. Ils ont été réactifs, ont rebondi, débattu... Je me suis plus régalée ici qu'avec les étudiants que j'ai eus en TD ! On avait réfléchi aux thèmes en amont, avec les professeurs. Aujourd'hui, c'était un débat sur la justice, avec l'explication de la chaîne pénale. En général, c'est ce que retiennent les élèves. Là, on a lancé un débat ouvert, en essayant de vulgariser au maximum. On explique toujours les termes, comme la détention provisoire, le barreau... Cela nous permet aussi de voir quel est leur vécu. On ne connaît pas forcément leur expérience des contrôles de police, même s'il ne faut pas tout prendre à la lettre. C'est intéressant de voir le point de vue qu'ils ont de la justice. C'est toujours bien de leur donner un éclairage différent. J'en retirerai pas mal de choses pour ma future pratique professionnelle. Etre devant un public comme celui-là permet de se rendre compte des efforts de vulgarisation que l'on doit faire. »

Cécile Lemoine, 28 ans, auditrice à l'ENM

« Je suis plutôt contente. Je pense que ça nous a apporté pas mal de choses. Les lycéens ont mis assez peu de temps à mettre leurs idées en forme et ça a donné quelques pistes de réflexion intéressantes par rapport aux préjugés qu'ils pouvaient avoir. Ces idées reçues ne m'ont pas trop surprise, car l'hostilité à l'égard de la justice ou de la police est une idée véhiculée par les médias et la musique. Je pense qu'ils ont été étonnés par le type d'interlocuteur en face d'eux, notre accessibilité. Pour eux, le juge ne laisse pas parler et calque sa sanction sur la procédure des policiers. C'est une justice qui écrase, vécue comme une machine à broyer... Cette séance a eu l'air de les surprendre et c'est un mode d'intervention qui serait à développer. Travailler sur les images qui sont véhiculées, du flic qui tape et du procureur qui est un super-policier, des juges qui appliquent la justice sans prendre en considération les gens qu'ils ont en face, c'est toujours intéressant et permet sans doute d'améliorer les choses, même si ça reste à un niveau très modeste. On intervient deux heures, mais c'est déjà ça. »

Christine Bayou, professeur de lettres, histoire, éducation civique, juridique et sociale

« Les auditeurs ne vivent pas dans le même univers que les élèves, ce qui instaure le débat. Ils ont apporté une perception différente, et ce type de confrontation est la seule manière de modifier sa vision du monde. Ce travail doit encourager les élèves à moduler leur opinion et à se documenter. La parole est libre, mais doit être construite dans un raisonnement. Cet atelier était réussi, car la parole a circulé, sans être jugée ou sanctionnée. Des choses personnelles sont passées, c'est une manière pour nos élèves d'apprendre à se dévoiler. On les met face à une réalité. Même si certains sont adultes, ils ne se rendent pas toujours compte qu'ils ont des responsabilités. Ce type d'échanges doit leur montrer qu'ils peuvent trouver leur place dans la société, sans emprunter les voies marginales, qu'ils sont acteurs de leur vie. Le bac pro n'est pas une voie de garage et le fait que des auditeurs viennent apprendre d'eux, sans les regarder comme des bêtes curieuses, est une forme de reconnaissance. Cela devrait aider nos élèves à croire en eux. »

Recueilli par M. G.