Les futurs juges discutent au pied des barres

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Comment former de meilleurs magistrats, plus en prise avec la société ? Depuis le désastre d'Outreau, qui se traduit à partir d'aujourd'hui par l'audition du juge Burgaud devant ses pairs (lire ci-contre), cette question taraude les responsables de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) de Bordeaux. Conséquence, une expérience inédite est menée depuis la rentrée. Le lycée professionnel Jacques-Brel de Lormont (Gironde), situé au pied de tours HLM, sert de laboratoire à un échange entre futurs magistrats et lycéens. Jusqu'au mois de décembre, dix auditeurs (étudiants) volontaires de l'ENM interviennent dans les classes pour décrypter le monde de la justice. La semaine dernière, ils ont entraîné des terminales de bac pro dans un débat sur le système judiciaire.

Le temps est minuté, mais l'exercice d'autant plus efficace : tandis que les auditeurs font des efforts de vulgarisation, les lycéens ravalent leur pudeur et témoignent. Ils racontent les contrôles de police, leur sentiment d'injustice face à des sanctions inadaptées ou le manque d'écoute des juges. Deux univers cherchent à se comprendre. « On leur parle de justice en essayant d'être accessible, sans robe et sans représenter l'institution dans toute sa rigueur », explique Victoria Barigant, 23 ans, élève avocate à l'ENM. Les élèves, eux, apprennent à nuancer leur vision des choses, « même si leur vécu explique l'appréhension qu'ils peuvent avoir », note Victoria. « Ce sont deux équipes de jeunes qui essaient de se découvrir », observe Josette Belloq, proviseur du lycée, ravie de pouvoir « ouvrir l'école à la cité ».

A Bordeaux, Marion Guillot

Le juge Burgaud est entendu aujourd'hui pour la première fois par le Conseil supérieur de la magistrature, qui va mesurer sa responsabilité dans le désastre d'Outreau.