Nouveaux soubresauts dans l'affaire Clearstream

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Le Premier ministre Dominique de Villepin a promis lundi d'apporter son "soutien" à "celui qui sera le mieux placé pour défendre" les couleurs de l'UMP et conduire la droite "à la victoire" à la présidentielle de 2007, sans toutefois citer le nom de Nicolas Sarkozy.
Le Premier ministre Dominique de Villepin a promis lundi d'apporter son "soutien" à "celui qui sera le mieux placé pour défendre" les couleurs de l'UMP et conduire la droite "à la victoire" à la présidentielle de 2007, sans toutefois citer le nom de Nicolas Sarkozy. — Jacques Demarthon AFP/Archives

Le Premier ministre à nouveau cité, la justice en panne d'experts, l'hypothèse d'une nouvelle source... Le dossier Clearstream, qui a défrayé la chronique au printemps dernier, n'est pas refermé. Depuis mai 2006, Jean-Louis Gergorin, ancien dirigeant d'EADS, est identifié comme le corbeau. Il a envoyé au juge Van Ruymbeke des courriers mettant en cause industriels et politiques français, lorsque celui-ci enquêtait sur l'affaire des frégates de Taïwan. La justice sait que les listings du corbeau sont des faux, grâce aux documents d'un nouveau témoin, Florian Bourges, ex-auditeur d'Arthur Andersen. Néanmoins, les magistrats instructeurs d'Huy et Pons doivent encore déterminer la nature de la manipulation : qui a falsifié les données issues de Clearstream et dans quel but ? A terme, des accusations mettant en cause l'actuel Premier ministre risquent d'être mises au jour, avec à la clé une audition de Dominique de Villepin.

1. Où en est l'enquête ?

Un nouvel élément révélé dans un livre à paraître demain (L'Irresponsable, chez Stock) égratigne un peu plus la défense du Premier ministre. Celui-ci aurait détruit à l'automne 2004 un document de la DST désignant Gergorin comme le responsable de la manipulation. Résultat d'une enquête qu'il avait lui-même dilligentée quelques mois plus tôt, accréditant ainsi la valeur des faux listings. Un document de la DGSE faisait pourtant déjà le rapprochement entre les données fournies par Lahoud (ex-salarié d'EADS soupçonné d'avoir falsifié les listes de comptes) aux services de renseignements et un courrier du corbeau. Le juge Van Ruymbeke s'échinera jusqu'à fin 2005 à recouper ces informations.

Les juges n'ont pas chômé depuis cet été. Tous les acteurs du dossier, le général Rondot, chargé d'enquêter par le gouvernement sur l'affaire, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, le corbeau avoué, ont défilé dans le bureau des magistrats.

2. La justice manque d'experts

Aujourd'hui, l'enquête bute sur un aspect inattendu. Selon nos informations, la justice dispose de deux documents émanant de chacune des parties. D'un côté, les listings de Bourges, l'auditeur qui avait examiné le système informatique de Clearstream en 2001. Et de l'autre, une clé USB contenant des dizaines de milliers de comptes remise cet été par Jean-Louis Gergorin. Ce dernier soutient qu'ils proviennent d'une « pénétration du système informatique » de l'institution financière. Problème : qui dispose de connaissances pour comparer et démêler l'original d'une éventuelle copie ? Florian Bourges, mais il est témoin, et Clearstream, qui a déposé plainte. La justice n'a, semble-t-il, pas les capacités de le faire.

3. La source de Gergorin

D'après nos informations, cette comparaison n'a pas encore eu lieu. Un proche du dossier affirme : « Gergorin pourrait alors reconnaître qu'il a été roulé. » Sous-entendu par sa source. Soit Imad Lahoud, comme beaucoup le soupçonnent, ou, nouvelle hypothèse, un autre auditeur du cabinet Arthur Andersen qui avait aussi examiné le système informatique de l'entreprise. Il disposerait alors des mêmes données que Bourges.

4. La défense d'Imad Lahoud s'effrite

Malmené par les témoignages successifs, Lahoud semble coincé. Sa confrontation avec Bourges en juillet contredit sa version des faits et il doit encore être entendu le 10 octobre. Il a par ailleurs été condamné la semaine dernière à six mois de prison avec sursis pour escroquerie dans une autre affaire.

5. Attac contre Clearstream

Une association baptisée « Anticlear » est en cours de création dans le giron de l'association altermondialiste Attac. Elle entend s'attaquer à la chambre de compensation luxembourgeoise. D'après nos informations, celle-ci n'a pas modifié ni fait auditer son système informatique comme après le premier scandale Clearstream en 2001.

Arnaud Sagnard

Livres à risques Clearstream a attaqué une nouvelle fois le journaliste Denis Robert. Au civil cette fois-ci et au Luxembourg, en demandant 100 000 e de dommages et intérêts contre son dernier livre. Villepin s'estime lui diffamé par trois ouvrages. Un procès est prévu en juin. Jean-Louis Gergorin et Denis Robert écrivent chacun de leur côté. Ce dernier disposerait de nouvelles données issues du coeur du système informatique de la « banque des banques ».