Des députés dragués en toute discrétion

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L'Assemblée nationale à Paris. Depuis 1873, le chef de l'Etat n'a pas le droit d'y entrer.
L'Assemblée nationale à Paris. Depuis 1873, le chef de l'Etat n'a pas le droit d'y entrer. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

Pour qui roule votre député ? Un livre enquête* à paraître mercredi révèle combien les 577 élus de l'Assemblée nationale sont devenus la cible de groupes de pression. Contrairement à ce qui se fait à l'étranger, le travail des lobbys n'est pas réglementé en France, laissant libre cours aux dérapages. Industriels, syndicats, cabinets de conseil... nombreux sont ceux à vouloir peser sur les lois nationales.

« Le phénomène s'est accéléré depuis les années 2000, estime Vincent Nouzille, coauteur du livre. De plus en plus de lois sont décisives pour des secteurs industriels comme l'agroalimentaire, l'énergie, les transports, l'armement... » Cette influence peut prendre divers aspects, comme la multiplication de « groupes d'études » – celui sur la chasse est le plus important, avec 225 députés – ou de colloques organisés à l'Assemblée et sponsorisés par des entreprises. Des assistants parlementaires font également un « travail de veille » pour des sociétés de conseil, et certains lobbys disposent de « badges d'accès » à l'Assemblée, distribués par des députés. « Un élu peut défendre telle industrie en vue de sa réélection si elle est implantée dans sa région, ou par corporatisme : un médecin sera sensible aux intérêts du milieu médical, un ingénieur à ceux de l'énergie », explique Hélène Constanty.

Dernier exemple en date de cette drague : en juillet, une vingtaine de députés ont été conviés à la Coupe du monde de foot en Allemagne, par Suez... avant l'examen du projet de fusion Suez-GDF en septembre.

Bastien Bonnefous

* Députés sous influences, d'Hélène Constanty et Vincent Nouzille, éd. Fayard.

Les chiffres 50 organismes disposent d'un badge d'accès à l'Assemblée. Parmi eux : Air France, EDF, GDF, TotalFina Elf, le Medef, la FNSEA. 128 groupes d'études siègent à l'Assemblée (sur les biocarburants, l'industrie aéronautique, la presse, l'armement... ou la châtaigneraie). une centaine d'assistants parlementaires travaillerait également pour des cabinets de conseil.