Amiante : un procès pour ne plus mourir en silence

©2006 20 minutes

— 

Plusieurs milliers de personnes (3.100 selon la police, 6 à 7.000 selon les organisateurs) ont manifesté samedi à Paris pour réclamer un grand "procès pénal de l'amiante" et une meilleure indemnisation des victimes.
Plusieurs milliers de personnes (3.100 selon la police, 6 à 7.000 selon les organisateurs) ont manifesté samedi à Paris pour réclamer un grand "procès pénal de l'amiante" et une meilleure indemnisation des victimes. — Eric Feferberg AFP

Maintenir la pression. Plus de 5 000 personnes venues de toute la France ont manifesté samedi à Paris, à l'appel de l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva), pour exiger « un grand procès pénal de l'amiante ». Depuis l'interdiction définitive du minerai en 1997, le volet pénal de l'affaire avançait au ralenti, mais la procédure semble s'être accélérée depuis le début de l'année avec la centralisation de vingt-trois instructions au pôle de santé publique du tribunal de Paris, doté de meilleurs moyens d'enquête. Le 19 septembre, trois ex-directeurs de l'usine Ferodo-Valéo de Condé-sur-Noireau (14) – ville martyre de l'amiante (lire ci-dessous) – ont été mis en examen pour « blessures et homicides involontaires ». Dans ce dossier, quatre autres dirigeants devraient être entendus prochainement, ainsi que le médecin du travail de l'époque.

Les victimes, elles, veulent plus. « Nous réclamons un grand procès pénal pédagogique, pas seulement pour couper quelques têtes, explique Michel Ledoux, avocat de l'Andeva, mais pour pointer les responsabilités de chacun, des industriels de l'amiante aux pouvoirs publics, en passant par la médecine et l'inspection du travail, ou la Sécurité sociale, qui n'ont jamais sonné l'alarme pendant des décennies. » Un tel procès ne pourrait avoir lieu avant plusieurs années, et Michel Ledoux de prévenir : « Pour juger les empoisonneurs de l'amiante, il faudra le Parc des Princes. »

B. B.

L'amiante fait chaque année près de 3 000 victimes, principalement de cancers de la plèvre ou du poumon. Les plus pessimistes évoquent 100 000 décès en France d'ici à 2025.